HISTOIRE DU CENTRE D'ETUDES

DE CHIMIE METALLURGIQUE :

L'ERE “GEORGES CHAUDRON”

par

Michel CORNET


Passons passons puisque tout passe
Je me retournerai souvent
Guillaume Apollinaire

Dans le hall qui unit les deux ailes du Laboratoire, le ProfesseurChaudron venait, selon son habitude, de prendre par le bras un tout jeune chercheur très intimidé. Tous deux entamèrent en parlant une promenade à pas lents le long du grand couloir qui partait à gauche et à droite. Le petit homme rond, aux cheveux blancs ondulés, petite moustache blanche sur une bouche bien dessinée, mobile, tenait fermement le jeune chercheur par le coude. Le Patron avait échangé la veste du costume bleu marine avec gilet pour la blouse blanche,immaculée, qui flottait au gré de ses mouvements.Il interrogeait avec simplicité et bonhomie, le jeune chercheu rqui n'en montrait pas moins quelques signes évidents de panique. Car, dans ce Laboratoire qui n'avait pas été créé par lui, le Patron, après vingt-cinq ans d'une carrière riche et brillante, avait établ iune nouvelle métallurgie : d'une discipline dont l'enseignementse résumait, avant lui, à l'exposé de procédésde préparation et de techniques d'utilisation, Georges Chaudron avait fait une science construite autour des métauxet des alliages purs. Il symbolisait cette science en plein essor,reconnue comme telle par le CNRS grâce à lui. Mais Georges Chaudron ne s'était jamais enfermé dans l'étude des métaux : l'ensemble de ses recherches préfigurait déjà une future science des matériaux.

LA FONDATION (1937 - 1939)

Les organismes fondateurs

Dans la première moitié du XXème siècle,de nombreuses initiatives commencent à structurer la recherchescientifique française. Ce mouvement a été largement entraîné par quelques personnalités scientifiques de premier plan : Jean Perrin, qui obtint le prix Nobel de physique en 1926 pour la découverte de l'électron,Frédéric et Irène Joliot-Curie, à qui le prix Nobel de chimie fut décerné en 1935 pour la découverte de la radioactivité artificielle.Les Curie avaient inauguré cette série de Prix Nobel pour la France. Pierre et Marie Curie avaient partagé avecH. Becquerel le Prix de Physique en 1903 et Marie Curie était devenue, avec le Prix de Chimie obtenu en 1911, la seule scientifique dans le monde qui ait reçu deux Prix Nobel.

En 1935, deux organismes permettent de gérer une partie de la recherche : la "Caisse des Recherches Scientifiques"créée en 1901, destinée à l'équipement des Laboratoires, et la "Caisse Nationale de la Recherche Scientifique", créée en 1930, qui distribue des bourses aux chercheurs. Jean Perrin (1870-1942) unit ces deux caisses en une "Caisse Nationale de la Recherche Scientifique"placée sous les auspices d'un "Conseil Supérieurde la Recherche Scientifique" constitué en 1933, qu'il préside.

L'année 1936 voit l'avènement du Front Populaire,la création par Léon Blum (1872-1950) d'un "Sous-Secrétariat à la Recherche Scientifique" qui est d'abord confié à Irène Joliot-Curie (1897-1956), puis à Jean Perrin. Ce Sous-Secrétariat disparaît au printemps1937 mais auparavant, le 31 décembre 1936, est créé un "Service Central de la Recherche Scientifique", au sein du Ministère de l'Education Nationale dont Jean Zay*assume la responsabilité. Un physiologiste, Henri Laugier(1888-1973), est nommé à la tête de cet organisme clé de l'évolution vers le Centre National de laRecherche Scientifique.

Grâce aux fonds du Ministère, la Caisse Nationalede la Recherche Scientifique décide de créer plusieurs Laboratoires. En 1936, ce sont l'Observatoire de Haute Provenc eet l'Institut d'Astrophysique de Paris, ainsi que le Laboratoirede Synthèse Atomique dont la direction sera confiée à Frédéric Joliot (1900-1958) ; en 1937,l'Institut de Biométrie Humaine. La Caisse Nationale dela Recherche Scientifique fonde également en 1937 le Palaisde la Découverte.

Chimiste célèbre par ses travaux sur les Terres Rares, Georges Urbain est alors Professeur à la Faculté des Sciences de Paris et Directeur de l'Institut de Chimie, aujourd'hui devenue l'Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Paris à la suite de la création des Ecoles Nationales Supérieures d'Ingénieurs en 1948. Georges Urbain souhaite créer un établissement de chimie, plus proche de la Faculté que ne l'est alors la Maison de la Chimie, fondation internationale créée à l'occasion du centenaire de la naissance du chimiste Marcelin Berthelot, en 1929. Dans le climat politique de l'époque,Georges Urbain qui est, comme Jean Perrin, un homme de gauche,se trouve bien accueilli dans son projet par la Caisse Nationalede la Recherche Scientifique.

Après délibération, le 7 novembre 1936, du Conseil d'Administration de la Caisse Nationale de la RechercheScientifique, un arrêté est pris le 1er mars 1937 portant création d'un "Laboratoire des Gros Traitements Chimiques"*. Georges Urbain devient le Directeur du nouvel établissement pour une période de trois ans à compter du 1er juin 1937, par décision de l'Administrateur de la Caisse Nationale de la Recherche Scientifique en date du15 juin 1937. Ce Laboratoire doit permettre à Georges Urbainde mettre au point la préparation et la purification de certains métaux des Terres Rares à l'échelle quasi-industrielle.

Georges Urbain

Né à Paris le 12 avril 1872, Georges Urbain fut un élève brillant, sorti premier de l'Ecole de Physique et Chimie Industrielles en 1894. Il entreprend ses premièresrecherches sur les Terres Rares en 1895 dans le Laboratoire de Chimie Organique de Charles Friedel (1832-1899), à la Faculté des Sciences de Paris. Il soutient sa thèse en 1899. Ses découvertes en chimie des Terres Rares, à laquelle il continue de s'intéresser tout au long d'une carrière très active et diversifiée, fondent sa réputation.

Les Terres Rares étaient alors très mal connues.Les méthodes chimiques de séparation insuffisantes,les méthodes de caractérisation spectroscopique sensibles, mais encore très imparfaitement maîtrisées,faisaient de la séparation des Terres Rares, en particulierdes terres yttriques (Europium, Gadolinium, Terbium, Dysprosium,Holmium, Erbium, Thulium, Ytterbium, Lutécium, auxquelsil convient d'ajouter l'Yttrium), un problème inextricable."L'opinion dominante … était que le groupe des Terres Rares était aux autres éléments ce que la voie lactée est aux étoiles".

Pour séparer les divers éléments, de propriétés chimiques très voisines, qui composent le sous-groupe assez artificiel des terres yttriques* , G. Urbain étudie le fractionnement, sous les aspects à la fois technique et logique. Il propose de nouveaux procédés de séparation et surtout la méthode de l'élément séparateur : par exemple, dans un mélange de deux sels isomorphes est introduit un sel étranger à la série, qui marquera, après fractionnement, une scission nette entre les deux sels à séparer. Le Samarium et l'Europiumsont ainsi séparés rigoureusement en utilisant leBismuth, de même que le Gadolinium du Terbium et de l'Europium.

Parallèlement, pour caractériser les Terres Rares,G. Urbain a été conduit à améliorer des procédés tels que les spectres d'arc ou la détermination des poids atomiques. A la suite de Lecoq de Boisbaudran (1838-1912),il étudie les lois de la phosphorescence des solides etil identifie ainsi le Gadolinium. Il est le premier à explorer les propriétés magnétiques des Terres Rares pour en tirer une méthode très sensible d'analyse.Il prouve ainsi la présence du Holmium, en mesurant la susceptibilité magnétique à l'aide d'un ebalance de Curie et Chéneveau.

Après avoir isolé, caractérisé, de nombreux éléments, après avoir découvert le Lutécium puis le Celtium, que d'autres appelleront ensuite Hafnium, et l'avoir séparé du Zirconium, G. Urbain abandonne totalement ses recherches et se consacre à des travaux pour la Défense Nationale, pendant la guerre qui vient d'éclater le 3 août 1914.

La guerre terminée, G. Urbain, qui trouvait le principa lintérêt de la recherche scientifique non dans la découverte des faits nouveaux, mais dans les théories générales qu'ils peuvent suggérer, étudie les problèmes de thermodynamique chimique. Dès 1913, il a effectué une synthèse des connaissances sur les complexes minéraux, qui forment un pont entre ces deux disciplines que sont la Chimie Organique et la Chimie Minérale.Son "Introduction à la Chimie des Complexes",écrite avec A. Sénéchal, le condui tà proposer une unification des théories des liaisons chimiques particulières aux deux disciplines. Cette "théorie coordinative" se révèle extrêmement féconde.G. Urbain généralise également la théorie de l'homéomérie, qui s'applique à ces corps de propriétés physico-chimiques très voisines,mais de compositions chimiques différentes.

"Chimiste éminent, sculpteur, peintre et musicien de talent, professeur et écrivain admirable",G. Urbain a dominé la Chimie de son époque. Le charme de cet homme grand, élégant, au regard bleu, résidait dans son intelligence très vive, toujours en action, dans sa voix chaude, bien qu'un peu assourdie, dans sa parole aisée,éloquente et simple. En 1908, il est Professeur de ChimieMinérale à la Sorbonne. Elu Membre de l'Académiedes Sciences en 1921, il devient Professeur de Chimie Générale en 1928 et prend, cette même année, la Direction de l'Institut de Chimie de Paris. Il est, de plus, co-directeur pour la Chimie de l'Institut Rockfeller de Physico-chimie biologique,rue Pierre et Marie Curie, à Paris, où il côtoie quotidiennement J. Perrin, Directeur de la Physique et A. Mayer,Directeur de la Biologie.

De santé fragile, G. Urbain est emporté subitement,le 5 novembre 1938. Il vient seulement de prendre la directiondu Laboratoire des Traitements Chimiques de Thiais*, en cours d'organisation.

La réorientation : nomination de Georges Chaudron

En cette fin de 1938, la mort de G. Urbain pose un sérieux problème de direction pour ce Laboratoire naissant. C'est Henri Laugier qui doit le régler. Mais les structures dela recherche scientifique sont en cours de refonte. Les événements internationaux annonciateurs de la guerre ont poussé les responsables scientifiques à favoriser une recherche finalisée,coordonnée, centralisée.

Après l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne (12 mars1938), le cabinet Daladier remplace le gouvernement de Front Populaire(10 avril). Le "Centre National de la Recherche ScientifiqueAppliquée" est créé par décret le 24 mai. Henri Longchambon (1896-1969) est son Président.Le CNRSA est organisé par un autre décret, du 10septembre 1938 : il comporte un "Haut Comitéde Coordination" dont le Président est Jean Perrin,le Secrétaire Général Henri Laugier, et un"Conseil Supérieur".

Le sort des Laboratoires fondés par la Caisse Nationale de la Recherche Scientifique n'est pas réglé par la création du CNRSA : statuts des Laboratoires, nomination du personnel … doivent être précisés par des décrets en cours de rédaction au début de 1939. Après la déclaration de guerre (3 septembre1939), la fusion des organismes de recherche scientifique au sein du "Centre National de la Recherche Scientifique" fait entrer les Laboratoires créés par la Caisse Nationale de la Recherche Scientifique dans le nouvel et unique organisme(article 2 du décret du 19 octobre 1939).

C'est donc d'abord officieusement que Henri Laugier, au début de 1939, cherche un nouveau directeur pour le Laboratoire Central des Traitements Chimiques. Une commission, toujours officieuse,est réunie. Elle comporte certains des membres de la Sectionde Chimie du Conseil Supérieur de la Recherche Scientifique.Ce Conseil n'a d'ailleurs aucun pouvoir réel, son mandat ayant expiré à la fin de 1938. Le Conseil suivant ne sera nommé que le 22 juin 1939.

La destination première du Laboratoire, la purification industrielle des Terres Rares, ne semble pas avoir pesé dans la décision qui fut prise rapidement. Pourtant, l'un des élèves de Georges Urbain, Félix Trombe,travaille depuis 1928 sur l'isolement des métaux du groupe des Terres Rares et sur l'étude de leurs propriétés,dans le laboratoire mis à sa disposition à l'Institutde Chimie de Paris. Félix Trombe doit venir dans le nouveau laboratoire créé pour son patron. A la mort de Georges Urbain, le Professeur L. Hackspill est appelé àla direction de l'Institut de Chimie de Paris. Il donne tout son appui aux recherches sur les Terres Rares et les hautes températures et il maintient Félix Trombe, avec des moyens accrus, à la direction de son laboratoire. Celui-ci, après la guerre,sera dédoublé en Laboratoire des Hautes Températures,restant à l'Institut de Chimie, et Laboratoire des TerresRares, transporté dans les locaux du CNRS à Bellevue.On sait que Félix Trombe fondera également, en 1948,le Laboratoire de Recherche Solaire de Montlouis, dans les Pyrénées.

Henri Laugier et la commission qu'il a nommée doivent donc choisir. Deux candidats se sont manifestés, les ProfesseursGault et Chaudron. Ce dernier est encouragé à se présenter par le Professeur Lebeau (1858-1969), spécialiste du fluor et des hautes températures. Le choix se porte sur Georges Chaudron, dont les qualités sont soulignées par Henri Laugier, qui a effectué une visite dans le laboratoire lillois du candidat. La charge attribuée à G. Chaudronen ce début de l'année 1939 deviendra une nomination officielle lorsque le statut du Laboratoire Central des Traitements Chimiques sera fixé.

Le Professeur Gault devra attendre la fin de la seconde guerre mondiale pour obtenir la création et la direction du Laboratoire qu'il projette. Le 1er septembre 1945, il obtient l'accord de Frédéric Joliot, Directeur du CNRS. Le 8 décembre,une commission approuve cette création et adopte les modalités.Le 27 janvier 1946, le Professeur Gault est nommé Directeur de ce Laboratoire qui prendra le nom de Centre d'Etude et de Recherche de Chimie Organique Appliquée (CERCOA).

Georges Chaudron

Le nouveau Directeur du "Laboratoire Central des Traitements Chimiques" apporte avec lui une solide et brillante réputation de métallurgiste et de chimiste. Il naquit le 29 avril1891 à Fontenay-sous-Bois. Après de remarquables études au Lycée de Versailles, il obtient son baccalauréat en 1909. Depuis plusieurs années déjà, il était passionné de chimie et pratiquait par l'expérience cette science chez ses parents, dans un hangar mis à sa disposition. Tout naturellement, il s'inscrit à la Facultédes Sciences de Paris pour y préparer sa licence. Le premier cours qu'il reçoit d'Henry Le Chatelier (1850-1936) lui laissera toujours un souvenir vif : enthousiasmé,il forme très vite le voeu d'entrer, au terme de sa licence,dans le laboratoire de ce maître exceptionnel.

Avant de poursuivre la biographie de G. Chaudron, il n'est pas inutile de préciser les traits importants de la personnalité et de l'oeuvre de H. Le Chatelier. Il faut souligner d'abord le souci constant de H. Le Chatelier de mettre la science au service de l'homme. Cette préoccupation s'esttraduite par un contact étroit du chercheur et du professeur avec l'industrie. H. Le Chatelier fut avant tout un chimiste illustre, resté célèbre par la loi du déplacement des équilibres chimiques qu'il découvrit en 1884 et qui porte son nom. Avec Floris Osmond, il introduisitla conception des solutions solides. H. Le Chatelier connaissait bien les théories chimiques et physiques deson époque : il traduisit, par exemple, l'ouvrageardu de l'astronome G.W. Gibbs qui avait établi par la thermodynamique la loi des phases. La loi de Gibbs-Duhem (loides phases ou règle de la variance) fut un outil précieux pour l'interprétation des diagrammes d'équilibre.

Cette aisance de H. Le Chatelier vis-à-vis des théories de son époque ne l'empêchait pas de se méfier de certaines, qui lui paraissaient trop révolutionnaires,craignant qu'elles ébranlent les lois fondamentales. Il préférait avancer méthodiquement dans la connaissance, chaque recherche nouvelle s'appuyant logiquementsur les résultats de la précédente, ajoutant à chaque fois "quelque maillon de plus àune chaîne déjà solide afin de préciserdes observations ou des lois déjà entrevues".Cette disposition le poussait à s'appuyer très fortementsur l'expérience. Il découvrit de nombreuses méthodes expérimentales nouvelles, qui lui permirent des avancées considérables dans ses recherches. Le couple platine et platine à dix pour cent de rhodium qu'il a inventé lui a ouvert la voie de toutes les études sur les alliages,sur les diagrammes d'équilibre, grâce à l'analyse thermique. Il développa la microscopie métallurgique,la dilatométrie ; il utilisa les variations de résistance électrique du fer et de l'acier pour en suivre les changementsd'état avec la température.

Grand théoricien et expérimentateur, H. Le Chatelierfaisait aussi preuve d'une intuition très sûre. Les grands théoriciens de la thermodynamique de son époque,Willard Gibbs, Pierre Duhem, Max Planck, ont beaucoup travaillé pour rendre rigoureuse la théorie du déplacement de l'équilibre que Le Chatelier avait énoncée d'une façon un peu qualitative, en s'appuyant sur son expérience et sur son intuition. Mais la règle générale de Le Chatelier a gardé toute sa valeur pratique.Alors que les connaissances de la thermodynamique chimique s'appliquaient essentiellement aux solutions liquides, H. Le Chateliera su les transposer à l'étude des métaux et alliages. Plus généralement, il a substitué une chimie logique à la chimie descriptive et il a contribué à la fusion de cette chimie moderne avec la physique.

Enfin, l'exemple de l'homme lui-même a probablement influencéG. Chaudron. Tous les élèves de H. Le Chatelieront souligné, Louis de Broglie en premier, combien le rayonnementdu Professeur, du Chef d'une école scientifique, les avait impressionnés et quel vif souvenir ils gardaient de la clarté et de l'autorité de son enseignement. Cet homme craint aimait accueillir chez lui ses élèvespour les présenter aux collègues étrangers qui lui rendaient visite. Il appréciait l'assiduité au travail de ses élèves, les longues discussions qu'il soutenait avec eux, mais il n'aimait pas les amateurs ni les flâneurs.

Au fil des pages suivantes, nous rappelant ce bref portrait deH. Le Chatelier, nous comprendrons mieux la personnalité et l'oeuvre de G. Chaudron. En effet, en 1914, H. Le Chatelier accueille G. Chaudron à la Sorbonne et lui proposed'étudier la réaction de la vapeur d'eau sur lefer. Georges Chaudron publie rapidement sa première noteaux Comptes Rendus de l'Académie des Sciences sur "Les réactions réversibles de l'eau sur le fer et l'oxyde ferreux" (C.R. 159, p. 237, séance du 20 juillet1914).

Mobilisé en août 1914, Georges Chaudron ne retrouve le laboratoire de H. Le Chatelier qu'en 1919. Il reprend alors ses recherches sur les réactions réversiblesentre les oxydes de fer, de tungstène, de molybdène et les gaz réducteurs, hydrogène et dioxyde de carbone.Les résultats obtenus révèlent les qualités maîtresses de leur auteur : expérimentation habile, observation minutieuse, souci constant du perfectionnement des méthodes et des appareils, précision des techniques.

Le diagramme d'équilibre des oxydes de fer paraîtaux Comptes Rendus de l'Académie des Sciences le 10 janvier1921 et rend Georges Chaudron célèbre. Il présentesa thèse en juin 1921 et devient aussitôt sous-directeurdu Laboratoire de Chimie Minérale du Collège de France. Ce laboratoire est dirigé par Camille Matignon(1867-1934), dont les travaux sont nombreux en thermochimie, surles métaux rares, les catalyseurs…

Georges Chaudron quitte rapidement le Collège de France: le laboratoire très vétuste dans lequel il travaillait tombait en ruine. G. Chaudron s'établit à l'Ecoledes Mines de Paris à la demande de son Directeur, M. Cheneau.C'est en effet comme chef de travaux de Métallurgie à l'Ecole des Mines que G. Chaudron fait ses premières recherches sur les réfractaires à haute température,grâce à la construction, avec M. Garvin, dupremier four sous vide à haute température (2000°C) utilisant un résistor en graphite. C'est aussi àl'Ecole des Mines que G. Chaudron devient l'ami de P. Jolibois qu'il a connu, comme A. Portevin et E. Dupuis, dansle laboratoire de H. Le Chatelier. P. Jolibois l'initie à la recherche en électrochimie. En 1928,G. Chaudron succède au Professeur Paul Pascal (1880-1968)à la chaire de Chimie Industrielle de Lille. Il est nommé Professeur titulaire en 1930 et Directeur de l'Institut de Chimie Appliquée (ICL) de la même Faculté de Lille.Son enseignement de la chimie s'appuie beaucoup sur la thermodynamique et la cinétique chimique. L'enseignement de métallurgie est également novateur puisqu'il utilise essentiellementdes documents rassemblés au cours de visites d'ateliers métallurgiques. Il assure ainsi aux ingénieurs de l'ICL la meilleure formation possible, parfaitement adaptéeà la fois aux développements scientifiques et aux besoins des activités industrielles de la région du Nord.

G. Chaudron donne un enseignement s'appuyant davantage sur les résultats expérimentaux que sur des théories, remettant en question beaucoup de problèmes apparemment résolus, incitant ainsi son auditoire à se lancerdans la recherche. En formant les ingénieurs par la recherche,G. Chaudron est donc un précurseur dans l'enseignement de la métallurgie. Ainsi, entre sa nomination à la Direction de l'Institut de Chimie de Lille en 1928 et celleà Paris en 1938, G. Chaudron recrute, parmi les meilleurs diplômés de l'Institut de Chimie de Lille, ses principaux chercheurs qui développent les premiers thèmes derecherche.

En 1939, le Professeur G. Chaudron est nommé Maîtrede Conférence en Chimie à la Faculté des Sciences de Paris, au P.C.B. (Physique, Chimie, Biologie), et Directeur du Laboratoire Central des Traitements Chimiques. Ultérieurement, la Chaire d'Analyse et de Mesures Chimiques lui échoit après un mouvement de Professeurs dû au départde Madame Ramart-Lucas, écartée par le Gouvernement de Vichy pour des raisons probablement politiques. Pendant cette période, Georges Chaudron dirige donc deux laboratoires,l'un à la Faculté des Sciences (12, rue Cuvier), l'autre étant le Laboratoire Central des Traitements Chimiques.Au retour de Madame Ramart-Lucas, à la Libération,Georges Chaudron reprend son enseignement au PCB avant d'être nommé titulaire de la Chaire de Chimie Appliquée en 1948, en remplacement du Professeur Gault. Mais il n'a, dans la Faculté, ni locaux, ni matériel, ni assistant :les travaux pratiques ont lieu au Laboratoire Central des Traitements Chimiques. Les chercheurs présents à cette époque,P. Lacombe faisant office de chef de travaux, J. Talbot,R. Collongues, Ph. Albert, d'assistants, encadrent bénévolement les élèves, à la demande de Georges Chaudron.Les cours ont lieu le samedi pour ne pas gêner les recherches et pour bénéficier du matériel libéré par le personnel du Laboratoire.

La nomination du Professeur Chaudron à la Direction du Laboratoire Central des Traitements Chimiques en fait le véritable fondateur. La carrière de Georges Chaudron est ensuite jalonnée par des charges importantes et les plus grands honneurs. En 1950, il devient Directeur de l'Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Paris. Il est membre du Comité Scientifique du Commissariat à l'Energie Atomique à partir de1951. Cette même année, il est Président dela Commission de Chimie Minérale du Centre National dela Recherche Scientifique. Il est élu membre de la Section de Chimie de l'Académie des Sciences en 1954 ; ilest Président de l'Académie en 1971. Le 9 décembre1969, il obtient la Médaille d'Or du CNRS des mains d'Olivier Guichard, Ministre de l'Education Nationale. A partir de 1962,Georges Chaudron devient Directeur honoraire de l'ENSCP, Conseiller Scientifique du CNRS, Président du Comité de Direction du Laboratoire de Vitry, devenu Centre d'Etudes de Chimie Métallurgiquele 1er janvier 1953.

Quatre jours seulement avant sa mort, survenue à Parisle 14 mars 1976, Georges Chaudron continuait de s'intéresser de très près à la vie scientifique de son Laboratoire. Il a consacré la majeure partie de sa vie et de son énergie à son activité de recherche et d'enseignement. Quelques phrases de son disciple et successeur au CECM, le Professeur André Michel, témoignentde l'atmosphère de travail que Georges Chaudron et son épouse, chimiste elle-même, Ingénieur de l'Institutde Chimie de Paris, parvenaient à faire régner parmi les chercheurs du Laboratoire : "Aux côtés de ce grand maître de la chimie, Madame Chaudron tient une place très importante et les élèves de G. Chaudron lui doivent un lourd tribut de reconnaissance. Combien de repas n'ont-ils pas partagés, repas au cours desquels la conversation était accaparée par de longues discussions sur les problèmes du jour que ce soit à Lille au 10, rue Jean Bart ou à Paris, rue Bonaparte. Combien de dimanches,combien de soirées, consacrés à la laborieuse rédaction de thèses. Les mois de vacances eux-mêmes n'étaient pas épargnés qui voyaient se succéder sur la côte normande des chercheurs et leurs manuscrits vingt fois remaniés".

Derrière cette carrière brillante, exceptionnelle,quel homme découvrons-nous ?

Il n'est pas indifférent de se souvenir que Georges Chaudron fut un catholique fervent, de sensibilité plutôt conservatrice, à l'inverse de Georges Urbain. Il fut membre du Conseil de l'Union Catholique des Scientifiques Français,en 1948, mais ses relations avec cette organisation se limitèrent à des contacts. Georges Chaudron devint membre de l'Académie Pontificale des Sciences en 1970, sous le pontificat de Paul VI(1897-1963-1978). Cette assemblée regroupe des académiciens de tous pays.

Les différences d'opinions politiques n'avaient guère de poids dans l'amitié que Georges Chaudron pouvait porter à ceux qu'il admirait. Envers Albert Chatelet, libre penseur,lui aussi très tolérant, ancien Recteur de Lille,puis Doyen de la Faculté des Sciences de Paris, il témoignait une profonde vénération. A. Chatelet ainsi que le Doyen A. Maige avaient beaucoup aidé, financièrement,les activités scientifiques de Georges Chaudron pendant la période lilloise. A. Chatelet fut ensuite membredu Comité de Direction du Laboratoire. Georges Chaudron avait en lui une confiance totale et il acceptait sans hésitation les élèves qu'il lui recommandait.

Georges Chaudron était un bon vivant. Son solide appétit en témoignait. Pendant la période où le Laboratoire posséda sa propre cantine (1954-1965), installée avec des moyens réduits dans la partie la plus haute du bâtiment, le Patron y venait déjeuner avec ses collaborateurs.Sa présence était loin d'y créer une atmosphère compassée et personne, au moment du repas, ne parlait du travail en cours. Il appréciait la musique d'Offenbach et se tenait au courant de la vie politique. Sa passion s'exprimait surtout dans une connaissance approfondie de l'histoire des sciences et des hommes qui l'avaient faite.

Ses élèves gardent le souvenir d'un homme dont l'autorité pouvait paraître abrupte. Paul Lacombe dû quitterVitry en 1951: G. Chaudron, mal informé par exception,avait cru être trahi par l'un de ses élèves dont la notoriété, de plus, commençait à lui faire ombrage. D'autres, comme René Faivre, se retrouvèrent dans la même situation. Mais Georges Chaudron connaissait la valeur de ses élèves. Paul Lacombe, après avoir dirigé le laboratoire des travaux pratiques de métallurgie à l'Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Paris,reçut de Georges Chaudron les appuis nécessaires pour professer à l'Ecole Nationale Supérieure des Mines de Paris et développer ses propres recherches endevenant Directeur du Centre de Recherches Métallurgiquesde l'Ecole des Mines de Paris puis Professeur à l'Universitéde Paris XI, à Orsay, en 1960. Il succéda àson Maître à la Présidence du CEFRACOR (CentreFrançais de la Corrosion) ; il fut élu àl'Académie des Sciences en 1981. De même, René Faivre deviendra Professeur à l'Ecole des Mines et de laMétallurgie à Nancy, grâce à l'appuide G. Chaudron.

L'autorité de G. Chaudron s'exerçait également au jour le jour de la préparation d'une thèse. I lproposait successivement au jeune chercheur une suite de sujets de recherche, semblant ne pas avoir une idée très précise du travail qu'il souhaitait. Cette manièrede procéder inculquait des connaissances solides et variées au jeune chercheur et provoquait des échanges fructueux.Puis le sujet se précisait en fonction de l'occasion qui se présentait, de la personnalité du chercheur quele Patron avait eu le temps de juger. Selon M. Wintenberger,"le Patron ne prenait une décision que lorsqu'il sentait que les choses se présentaient bien".Ce recours à l'intuition, G. Chaudron le pratiquait aussi devant un résultat nouveau : ses élèvesne publiaient que les résultats qu'il "sentait"bien.

La grande indépendance d'esprit de G. Chaudron pouvaitprendre l'aspect de l'autorité devant des personnes ayantun caractère trop affirmé ou trop rigide. La mésententequi s'est établie entre Georges Chaudron et quelques unsde ses élèves trouve là son explication.La personnalité de la plupart de ses élèvesfait apparaître un autre trait significatif du caractèrede Georges Chaudron qui a réussit, en conduisant ses chercheursdans des études s'appuyant d'abord sur l'expérience,à leur permettre de s'élever socialement. GeorgesChaudron s'imposait à eux par sa valeur, que chacun reconnaîttoujours volontiers aujourd'hui, en ne faisant appel qu'assezexceptionnellement à l'autorité qu'il pouvait dégager.

G. Chaudron respectait profondément la personnalitéde ses élèves et leurs manières de comprendrela vie, même si celles-ci lui étaient étrangères.Lorsque ses élèves étaient attaqués,il les défendait vigoureusement. En témoigne laquerelle qui l'opposa un moment au Professeur Paul Bastien àpropos de l'acier qu'Eugène Herzog, l'un des plus anciensélèves de Georges Chaudron, avait mis au point auxAciéries de Pompey pour résister à l'actionde l'hydrogène sulfuré contenu dans le gaz de Lacq.Le soutien de Georges Chaudron était parfaitement désintéressé,uniquement motivé par la confiance qu'il portait àson ancien élève : Eugène Herzog étaitun métallurgiste d'une très grande compétence,aux méthodes parfois peu orthodoxes, mais d'un jugementsûr. Son acier a parfaitement tenu dans les conditions imposées.Malheureusement, les Aciéries de Pompey, mal préparéesà produire tous les tubes nécessaires alors àl'exploitation du gaz de Lacq, s'est vu ravir les bénéficesdes travaux de E. Herzog par les aciéries du Creusot.E. Herzog a cependant obtenu la Légion d'Honneur,grâce à Georges Chaudron.

Dans un texte plein de sensibilité et d'humour, J. Montuelledécrit les rapports que Georges Chaudron établissaitavec ses élèves : "Vous avez une façonmerveilleuse de donner confiance au timide et de calmer, en mêmetemps, l'impulsif, d'infiltrer un esprit de solidaritéet de travail en équipe à ceux que tente l'isolementet de rendre évident, en même temps, que cet espritse pratique en prenant, bien sûr, mais par dessus tout endonnant ; vous savez comment rendre plus précise une penséeapproximative tout en libérant de ses scrupules excessifscelui pour lequel la perfection est un frein ; vous savez donnerà l'esprit théorique le goût des résultatsconcrets et forcer l'esprit pratique à l'interprétationde ses observations ; vous savez hâter la publication derésultats prêts à l'utilisation et retarderla communication de ceux auxquels la précipitation seraitdommageable ; vous savez reconnaître les formes les plusvariées du talent mais aussi châtier la stupiditéà quelqu'occasion que ce soit. Vous savez donner un avissans imposer votre point de vue, mais vous savez égalementécouter d'un esprit alerte les suggestions les plus innocentes.Vous savez être patient et indulgent pour les bonnes idées,impatient et sévère lorsqu'il le faut".

Georges Chaudron poussait ses élèves à larigueur scientifique qu'il témoignait lui-même. Qued'articles remis de multiples fois sur le "métier"parce qu'une micrographie n'était pas assez démonstrative,la rédaction encore traversée d'imprécision.Devant un texte qu'il lisait en général par la fin,examinant les conclusions après avoir louvoyé entreles figures, Georges Chaudron savait déjà si laréflexion avait assez mûri, alors que son auteur,de retour à sa table, devait travailler encore des heuresavant de comprendre ce qui avait bien pu arrêter le Patron.Incisif tout au long d'une soutenance de thèse, tentantde déstabiliser le cours d'un exposé trop bien rôdé,Georges Chaudron retrouvait, les félicitations d'usageprononcées, le candidat, ses parents émus parfois,pour leur parler simplement et leur dire les mots secrètementespérés.

Le souvenir du "Patron" est resté vivace, ainsique l'esprit de travail qu'il savait communiquer à sonentourage. Qu'ils soient devenus Industriels ou Universitaires,un grand nombre à des postes importants, les anciens élèvesde Georges Chaudron reconnaissent tous la solidité de leurformation, qu'ils ont acquise en construisant la notoriétédu Laboratoire.

LES DÉBUTS DIFFICILES (1939-1945)

Les dures conditions des années de guerre

Lorsque le Professeur G. Chaudron prend la direction du Laboratoirede Vitry, les moyens matériels et surtout humains mis àsa disposition sont très réduits. Les bâtimentssont en cours de construction. Le gros oeuvre de l'aile sud-ouestet du hall est terminé au début de 1940. L'ailenord-est, prévue en quatre travées, n'en comportequ'une seule à l'origine. Cette travée ne sera terminéeque dans le courant de 1941 et l'ensemble de l'aile nord-est nesera achevé qu'en 1960, pour la somme de 150 000 Fdébloquée par le CNRS sur les deux années1959 et 1960. Une dalle située à l'arrièredu bâtiment principal, au sud-est, devait recevoir six hangarspour abriter tout le gros matériel nécessaire àla purification industrielle des éléments des TerresRares, par Georges Urbain et ses élèves. Seuls deuxde ces hangars sont construits, dans lesquels seront installésultérieurement les laminoirs, les fours pour les hautestempératures, les postes de fusion des métaux etde dosage des gaz, etc.

Le personnel présent au Laboratoire est peu nombreux. G.Urbain a eu le temps d'installer Adrien Karl, qui devient sous-directeuren 1939. A. Karl, ingénieur de l'Institut de Chimie deParis, a cinquante trois ans. C'est un spécialiste desTerres Rares, mais aussi des éléments radioactifset de la phosphorescence. Il a commencé sa carrièreuniversitaire en 1920, comme Chef de Travaux à l'Ecolede Chimie de la Faculté des Sciences de Marseille. A lacréation du Laboratoire Central des Traitements Chimiques,G. Urbain fait appel à son ancien élève pourle seconder. A. Karl est nommé au LCTC le 1er juin 1937,chargé de l'administration générale du Laboratoireavec le titre d'Ingénieur en Chef, rémunérépar la Caisse Nationale de la Recherche Scientifique. C'est luiqui s'occupe de la construction du Laboratoire. A la fin du moisd'août 1939, il se met en quête de matérielet de mobilier pour le Laboratoire. "Et voilà A.Karl qui parcourt jour et nuit les routes pour aller chercherle matériel commandé", souligne le ProfesseurG. Chaudron. En octobre, malade, épuisé, A. Karldoit s'arrêter. Il meurt au Laboratoire le 1er janvier 1940 :"Je vous dis adieu, cher Monsieur Karl, vous avez bienfait votre devoir, plus que votre devoir".

D'autres personnes avaient également étéengagées par G. Urbain : Mademoiselle Adeline Cacanentre le 1er décembre 1937 comme secrétaire ;Nicolas Léontovitch, un russe immigré en 1920, venude Marseille sur la recommandation de A. Karl, entre le 1er juillet1938 comme aide-technique en chimie ; Mademoiselle FranceEllis arrive le 1er mai 1938 et se trouve employée commeaide-chimiste. Seul Walter-Lévy, engagé comme régisseur-économele 1er novembre 1938, ne sera pas repris par le ProfesseurChaudron et partira le 30 septembre 1939, avant d'êtredéporté pendant la guerre. Toutes ces personnessont rétribuées par la Caisse Nationale de la RechercheScientifique.

Quatre chercheurs seulement de l'équipe crééeà Lille par le Professeur G. Chaudron suivent leurPatron à Paris vers le milieu de 1939, quelques mois avantla déclaration de guerre à l'Allemagne en septembre :Léon Moreau qui a soutenu sa thèse en février1938 à Lille sur le dégazage des métaux,Jacques Bénard dont la thèse sur le protoxyde defer est soutenue en mai 1939 à Paris. Les deux autres élèves,R. Faivre et P. Lacombe ne soutiendront leur thèsequ'au retour de leur captivité. André Michel resteà Lille comme Professeur à la Faculté desSciences. Hélas, l'équipe sur laquelle pouvait compterG. Chaudron pour lancer le LCTC se trouve en effet dèsson origine amputée de ses principaux éléments: J. Bénard, R. Faivre, P. Lacombe et aussiA. Michel sont mobilisés dès septembre 1939et faits prisonniers de guerre en juin 1940.

Ce ne fut pas le moindre mérite du Professeur G. Chaudronde ne pas désespérer et de tenter de développerles recherches du LCTC dès le début de l'occupationallemande. Malgré la gravité de la situation, leProfesseur G. Chaudron ne cache pas sa foi dans le succèsdes armées alliées. Ceci ne l'empêche pasd'obtenir le rapatriement, en avril 1942, de trois de ses anciensélèves de Lille prisonniers en Allemagne : J. Bénard,R. Faivre et P. Lacombe, qui forment le premier noyaude l'équipe à laquelle se joint au débutde la guerre un autre "lillois", Jean Hérenguel.Celui-ci avait été engagé, après sathèse soutenue à Lille en 1936, aux "Tréfilerieset Laminoirs du Havre" (TLH). Il avait eu l'appui du ProfesseurG. Chaudron devenu conseiller scientifique des TLH aprèsla prise de son brevet sur les alliages aluminium-magnésium(les fameux "Alumags" dus aux recherches à Lillede E. Herzog et J. Herenguel ; voir page 21). Mobiliséen septembre 1940 comme chef d'un Parc d'Artilleurs, J. Hérenguelest rappelé à Vitry à la demande du GénéralP. Nicolau pour développer l'emploi du magnésiumà des fins militaires. La présence de J. Hérengueldurant les années difficiles de la guerre est déterminantepour l'avenir du Laboratoire car J. Hérenguel, d'uncaractère particulièrement tenace, soutient le moralde la petite équipe et aussi celui du Professeur G. Chaudronen devenant son principal confident. Celui-ci est en effet biendésemparé devant les énormes problèmesauxquels il est confronté : très faible nombre dechercheurs peu expérimentés, rareté de l'équipementscientifique indispensable, et surtout menaces que l'occupationallemande fait peser sur ses collaborateurs.

Cette période qui s'étend du 3 septembre 1939, datede la déclaration de guerre, jusqu'à la libérationde Paris en août 1944, permet au Professeur G. Chaudronde montrer toute sa valeur comme chef responsable, tant sur leplan humain que scientifique, du développement d'un grandlaboratoire du CNRS. Sur le plan humain, il produit les plus grandsefforts pour augmenter les effectifs du LCTC à tous lesniveaux de la hiérarchie. Ainsi André Duvinage,garçon de laboratoire à l'Institut de Chimie deLille, mécanicien et métallographe, arrive de Lillele 1er juillet 1939. D'autres sont engagés le 1er septembre1939 : Jacques Veau, mécanicien ; Fernand Passet(père), conducteur de la camionnette de service ;Henri et Hélène Bornet, respectivement magasinieret concierge, qui auront pendant la guerre la lourde tâchede veiller sur le Laboratoire. Madame Michel, l'épousedu Professeur A. Michel, travaille d'abord à la Facultédes Sciences de Paris à partir d'octobre 1940 puis au Laboratoireà partir du 1er avril 1942, pendant toute la duréede la captivité de son mari, qu'elle rejoindra àLille, à sa libération en 1945. Jusqu'à lafin de la guerre, l'effectif reste très réduit,de dix à quinze personnes. La présence de chacunest des plus instables.

A la mort d'A. Karl, le premier janvier 1940, le ProfesseurG. Chaudron intervient vigoureusement pour que son collaborateurle plus immédiat, Léon Moreau, lui soit rattachéen "affectation spéciale" et soit nommésous-Directeur du LCTC. Il y restera jusqu'à sa mort en1970, en déchargeant le "Patron" des chargestrès lourdes d'administration et de gestion, tout en poursuivantses recherches sur les gaz dans les métaux. Comme beaucoupparmi les élèves du Professeur G. Chaudron,L.Moreau était sorti Ingénieur de l'Institut deChimie de Lille en 1932. Il avait ensuite montré ses qualitésd'organisateur en étant successivement préparateurà l'ICL de 1932 à 1935, puis chargé des travauxpratiques de métallurgie en 1936-1937 et chargéà l'ICL du cours d'appareillage dans l'industrie chimiqueen 1938 et 1939. Il reçoit en 1939 la médaille d'orde la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale.

Aux chercheurs de Lille, comme Léon Moreau et les troisprisonniers de guerre libérés par les efforts duProfesseur G. Chaudron en avril 1942, se joignent, aprèscette date, de nouveaux chercheurs comme Louis Beaujard et PierreMorize, jeunes diplômés de l'Ecole de Chimie de Paris,ainsi que Jean Talbot qui les suit en octobre 1942. Ce derniermalheureusement doit quitter Vitry pour occuper un poste aux Minesde Lens afin d'échapper au Service du Travail Obligatoire.Jean Talbot ne reviendra à Vitry qu'en septembre 1944,après la Libération de Paris. Entre temps, MadameCholet entrera au LCTC pour travailler avec J. Bénardsur les couches d'oxyde formées par oxydation du fer àtempérature croissante.

Les conditions de vie et de travail sont difficiles, comme onpeut l'imaginer. En 1942, les mesures raciales ou xénophobesprises par les autorités de l'époque contre lespersonnes d'origine juive ou étrangère, se traduisentpar l'obligation pour chaque fonctionnaire de fournir un dossiercomprenant son arbre généalogique, celui de sonconjoint éventuellement, en remontant jusqu'aux grandsparents, ainsi qu'une déclaration spécifiant lanationalité française du père. De surcroît,il doit déclarer sous la foi du serment ne pas apparteniraux différentes loges maçonniques viséespar la loi du 13 août 1940.

Les moyens de transport collectif sont rares et ne permettentpas, bien souvent, de couvrir les neuf kilomètres qui séparentle Laboratoire de Paris. L'utilisation de la bicyclette est nécessaire,pour le Professeur G. Chaudron comme pour ses collaborateurs.Certains obtiennent des logements dans la Cité du MoulinVert, à la périphérie de laquelle le Laboratoirea été édifié : c'est le cas deMlle A. Cacan ou de Mlle A. Domin, engagée le1er septembre 1941, de R. Delannoy ou de P. Lacombe avecsa famille, au retour de captivité. Au fond du parc, desjardins potagers sont cultivés par certains pour diminuerles difficultés de ravitaillement. Le magasinier, M. Bornet,cultive très officiellement 1000 m2 pour six personnes.De même R. Faivre, A. Duvinage, P. Lacombeou J. Hérenguel. La camionnette à gazogènequi permet quelques déplacements est souvent en panne,particulièrement pendant les hivers rudes de cette période,et les bonnes volontés sont réquisitionnéespour la pousser, sous le regard philosophe de Louky, le chiendes gardiens M. et Mme Bornet. "L'utilité de ce"chien-loup" pour la garde du Laboratoire"est soulignée par une attestation de Monsieur L. Moreau,sous-directeur, en date du 12 mai 1941.

Le Laboratoire bénéficie cependant d'une relativetranquillité vis-à-vis de l'envahisseur. Le ProfesseurG. Chaudron est allé à l'hôtel La Pérouseoù se trouvent les Allemands pour obtenir, avec l'appuide Monsieur J. Taffanel, président du CORSID (Comitéde Recherches de la Sidérurgie, qui fut à l'originede l'IRSID), la libération de ses élèvesBénard, Faivre et Lacombe. En contrepartie, les Allemandsdemandent qu'une étude sur l'étain et sur le ferblanc soit menée au Laboratoire. L'expérience seramontée pour donner le change, mais aucun essai ne seraentrepris sur cette installation. Cette concession éviteratout problème pendant le temps des hostilités. Parcontre, N. Léontovitch sera pris par les Allemandspour avoir cédé à sa passion, la photographie,peu prisée en général par les militairesen campagne. Léon Moreau pourra le récupérer.La même mésaventure arrivera quelque temps plus tardaux deux mêmes personnes, à la Libération,les militaires sourcilleux étant cette fois les Américains !

La recherche pendant la guerre

Les travaux scientifiques du Laboratoire portent essentiellement,pendant cette période difficile de la guerre, sur la corrosionet la protection des métaux, sur leurs états desurface. L. Moreau peut publier des résultats obtenussur le dégazage des aciers au nickel-chrome par bombardementélectronique, sur les problèmes liés àla présence d'hydrogène dans le fer polycristallinou monocristallin, sur le dosage de l'azote dans le fer.

A son retour de captivité, Jacques Bénard reprendses recherches sur les propriétés des oxydes defer. Il est nommé assistant à la Sorbonne dès1942 où il remplace Madame Michel, et il reçoitla médaille d'or de la Société d'Encouragementpour l'Industrie Nationale. En 1947, à Lyon, il assureraune maîtrise de conférence à la Facultédes Sciences, puis sera nommé Professeur en 1949, dateà laquelle il quittera le Laboratoire. Ses étudesportent sur la cinétique de l'oxydation des métauxaux températures élevées, sur la structuredes oxydes et les écarts à la stoechiométriequ'ils présentent, sur les réactions dans l'étatsolide d'une manière générale.

Paul Lacombe reprend l'étude, interrompue par sa captivité,sur les solutions solides en montrant par diffraction X l'existencede phases précipitées intermédiaires. Ilsouligne le rôle de celles-ci sur la corrosion de ces alliages.Après la soutenance de sa thèse en octobre 1943,le Professeur G. Chaudron le charge d'introduire au Laboratoireles méthodes nouvelles, développées par P. Jacquet,de polissage électrolytique appliquées àl'aluminium et ses alliages. Ses études sur le polissageélectrolytique furent à l'origine de la découverte,avec Louis Beaujard, de la polygonisation de l'aluminium et elleseurent des conséquences importantes sur l'étude,en collaboration avec J. Hérenguel et R. Segond,de l'oxydation anodique de l'aluminium et de ses alliages.

De son côté, René Faivre, après avoirétudié la dissociation de l'oxyde de cadmium avecAndré Michel en 1938, examine celle de l'oxyde d'argenten 1939. De retour au Laboratoire, il étudie la structureet les transformations des carbonates et des sulfates. R. Faivrea montré, au cours de ces recherches et ultérieurement,les qualités d'un excellent cristallographe. En utilisantune méthode de rayons X "en retour" développéepar J. Bénard, il a rendu possible par des mesurestrès précises des paramètres cristallins,l'étude de la non-stoechiométrie des oxydes. Plustard, J. Bénard et Marc Laffitte se sont inspirésdes méthodes de R. Faivre pour leurs travaux sur lessulfures non-stoechiométriques. R. Faivre alliaitl'habileté expérimentale et le sens de la théorie :sa méthode pour différencier rapidement, sur lesclichés de diffraction, les sept systèmes cristallinsprincipaux, lui a valu un désaccord avec le ProfesseurG. Chaudron qui a exprimé, encore à cette occasion,la méfiance qu'il réservait à toute théorie.

Comme on le voit, à l'exception de R. Faivre dont l'étudechange d'objet, mais non de méthodes (en particulier lesrayons X), chacun des principaux élèves du ProfesseurG. Chaudron reprend les recherches poursuivies à Lilleet interrompues par le changement de Laboratoire et surtout parla guerre. Les thèses de R. Faivre et P. Lacombe en portenttémoignage. Ces recherches confirmèrent la réputationdu Professeur G. Chaudron dans le domaine de la corrosionaprès les études menées à Lille, enparticulier par E. Herzog. Deux autres thèses surla corrosion, celle de R. Reiller (1943) et celle de G. Lucas(1944), portèrent sur des aciers semi-inoxydables développésaux USA et qui furent à l'origine des aciers CORTEN. Cetterecherche à long terme, puisqu'elle se poursuivit pendantprès de 10 ans, avait été confiéeau Professeur G. Chaudron par le CORSID et fut sans douteà l'origine de la création, par le Professeur G. Chaudron,en 1958, du Centre Français de la Corrosion (CEFRACOR).Ce domaine d'activité du Professeur G. Chaudron témoignede ses efforts constants pour resserrer les liens entre la rechercheuniversitaire et l'Industrie.

Enfin, pour revenir aux premiers chercheurs de Vitry, il fautciter les travaux de J. Talbot sur l'hydrogénationdes alliages palladium-or, étude faisant suite àcelle menée à Lille par A. Michel sur les hydruresde palladium.

L'examen des recherches entreprises par le Professeur G. Chaudrondès le début de sa carrière au Collègede France puis à Lille montre la continuité de soneffort et les raisons de ses choix. Les axes principaux se dégagentrapidement, se poursuivent pendant la guerre et s'étofferontdans la période qui la suit. La présence des principauxélèves du Professeur G. Chaudron aux débutsdu Laboratoire assure cette pérennité des thèmes :J. Bénard, chef du département de chimie minéralede 1942 à 1949 ; R. Faivre, chef du départementdes applications des rayons X de 1942 à 1950 ; P.Lacombe, chef du service de métallographie et des groscristaux métalliques de 1942 à 1951 ; J. Hérenguel,chef du service de métallographie des alliages légerset de l'étude des états de surface métalliquesde 1941 à 1945*.

L'EXPANSION : 1945 - 1962

L'essentiel des travaux du Professeur G. Chaudron et de ses élèvesporte sur la Chimie Minérale et la Métallurgie.Initié à ces deux disciplines par Henry Le Chatelier,qui savait toute la chimie qui pouvait être connue àson époque, le Professeur G. Chaudron attribue àsa double formation les transpositions techniques et théoriquesqu'il imagine constamment entre les deux domaines. Il applique,par exemple, les méthodes d'analyse thermique courantesen métallurgie, aux oxydes de fer. Il montre que certainscomposés minéraux, comme le protoxyde de fer, ontdes propriétés comparables aux solutions solidesmétalliques. Inversement, il utilise pour la préparationde divers métaux, tels que le magnésium ou le calcium,des techniques de la chimie comme la distillation ou la sublimation.La méthode de la zone fondue avec laquelle Pfann a purifiéle germanium est rapidement transposée par le ProfesseurG. Chaudron et ses élèves à l'aluminium,etc …

A côté de ce décloisonnement des disciplinesqui donne une grande fécondité à ses recherches,le Professeur G. Chaudron reste toujours à l'affûtdes méthodes physiques les plus récentes et lesplus raffinées qu'il applique aussitôt à larésolution des problèmes qu'il se pose.

Le travail sur les équilibres mettant en cause d'une partle fer et ses oxydes, d'autre part les gaz H2-H20 et C0-C02, vautà G. Chaudron la notoriété dès1928 : il est le point de départ d'une série derecherches qui se déroulent logiquement dans ces deux domainesde la métallurgie et de la chimie minérale, quise développent parallèlement, se fécondentmutuellement. Ces études caractérisent toute l'activitédu Laboratoire pendant son expansion jusqu'en 1962, puis s'approfondissentjusqu'en 1978.

Les oxydes de fer et les composés ferromagnétiques

Les études commencées par le Professeur G. Chaudronont été poursuivies par plusieurs de ses élèvesavant la guerre, en particulier par Hubert Forestier jusqu'àsa thèse en 1928. Elles sont ensuite reprises par J. Bénardqui établit le diagramme d'équilibre du protoxydede fer et qui étudie la préparation des ferritesmixtes et par A. Michel qui pratique l'analyse thermomagnétiquedu sesquioxyde de fer rhomboédrique et des corps microcristalliséset qui étudie la stabilisation du sesquioxyde de fer cubique.

Au Laboratoire, R. Collongues étudie la structure du sesquioxydede fer cubique. Ce composé, stabilisé par le sodiumou l'aluminium, est d'un large emploi industriel pour l'enregistrementmagnétique. R. Collongues, qui continue égalementl'étude du protoxyde de fer à partir de 1950, puisavec son élève R. Sifferlen, soutient sa thèsesur ce sujet en mai 1954. Il reprend aussi les recherches de A.Girard sur les ferrites.

Les propriétés magnétiques remarquables desferrites sont étudiées à Strasbourg par H. Forestieret par A. Michel à Lille. Au Laboratoire, R. Fruchartcrée, avec G. Lorthioir et P. Sénateur,un groupe de recherche sur les nitrures et les carbures complexesde métaux de transition à la suite des premièresétudes sur Fe3C, la cémentite, et Fe5C2, le carburede Hägg, constituant principal des catalyseurs Fisher-Tropsch.*

Les oxydes réfractaires

Suivant également une tradition inaugurée par leProfesseur G. Chaudron qui a construit en 1923 un four fonctionnantsous vide et pouvant atteindre 2000°C, R. Collonguess'intéresse, à partir de 1955, aux oxydes réfractaires,avec un groupe de chercheurs. Des méthodes nouvelles deproduction de hautes températures, supérieures à2500°C, sont mises au point : four à image d'arc(1958), chalumeau à plasma-arc (1960), four à plasmahaute fréquence, fusion directe d'oxydes par inductionhaute fréquence en autocreuset (1963). En 1961, R. Collonguesest nommé Maître de Conférence à l'EcoleNationale Supérieure de Chimie de Paris et le groupe prendle nom de Laboratoire de Chimie Appliquée de l'Etat Solide(Equipe de Recherche Associée n° 387).

Ce groupe continue de s'intéresser aux ferrites de lithium.R. Collongues les a préparés en 1950. Ensuiteles transformations ordre-désordre, les écarts àla stoechiométrie, et les solutions solides forméesavec divers autres oxydes ont été les sujets d'étudede M. Fayard qui soutient sa thèse en 1961 àParis.

L'application des rayons X à la Chimie Minérale

L'un des premiers, le Professeur G. Chaudron a utiliséles rayons X à des fins métallurgiques. L'applicationde cette méthode à de nombreux problèmesa été constante au cours de sa carrière.Le Professeur G. Chaudron s'est également intéressétrès tôt aux phosphates à la demande de P. Jolibois,Professeur de Chimie à l'Ecole Supérieure des Minesde Paris devenu ensuite Membre de l'Institut, et Présidentdu Comité Directeur du Laboratoire. Trois élèvesde Lille ont travaillé sur les phosphates et soutenu leurthèse sur ce sujet (H. Herlemont, 1940, B. Mikolas,1940, J. Delabre, 1941).

Au Laboratoire, le sujet est repris par R. Wallaeys : ilsoutient sa thèse en 1951, mais il meurt brutalement enaoût 1958. L'étude est poursuivie par G. Montelqui joint aux rayons X la microscopie électronique et lathermogravimétrie. Le dilatomètre enregistreur deChevenard permet à M. Pruna de suivre, en particulieravec R. Faivre, les transformations aragonite-calcite etvatérite-calcite. Plusieurs thèses ou diplômesd'études supérieures seront soutenus sur ces sujets.

G. Montel soutient sa thèse d'Etat en 1958 avant d'êtrenommé Maître de Conférence à Toulouseen 1960, où il a poursuivi des études sur les phosphateset obtenu une consécration mondiale. Ses résultatsont d'importantes conséquences, notamment dans le domainebiologique (biotechnologie).

Les gaz dans les métaux

Ce sujet trouve son origine dans l'étude initiale du ProfesseurG. Chaudron sur les équilibres hétérogènesgaz-métal. Après avoir travaillé sur le protoxydede fer, J. Bénard développe à partirde 1945 des recherches sur l'oxydation des métaux. Il établitl'importance de la non-stoechiométrie de FeO sur la cinétiqued'oxydation du fer. Ces recherches sont poursuivies par Mme Cholet-Coquellepuis J. Talbot, J. Bardolle et J. Moreau.*

Les études sur l'oxydation du fer sont reprises par leProfesseur G. Chaudron avec R. Sifferlen puis avec S. Nowaksur le cuivre. Y. Adda étudie l'oxydation, la nitrurationet l'hydruration d'un métal encore peu connu à l'époque,l'uranium

Comme l'aluminium étudié par L. Moreau, lepalladium montre des variations intéressantes de propriétésavec la présence d'hydrogène (A. Michel). Lesystème fer-hydrogène est soumis aux investigationsde J. Duflot avec du fer de bonne pureté, puis deJ. Talbot et Mme S. Talbot-Besnard.

Corrosion électrochimique

En 1926, les Services de l'Aéronautique s'inquiètentde la corrodabilité dans l'eau de mer de certaines piècesd'hydravions en duralumin. E. Herzog met au point les "Alumags",des alliages d'aluminium, de magnésium et de zinc, quirésistent bien à la corrosion, tout en étantlégers comme les duralumins et qui seront fabriquéspar les "Tréfileries et Laminoirs du Havre" *.

Au Laboratoire, R. Reiller étudie l'évolutiondu potentiel du fer dans la corrosion due à l'effet Evans.Cet effet, mis en évidence par Evans en 1923, étudiépar E. Herzog dès 1931, est indépendant dumétal et la corrosion ne provient que de l'hétérogénéitéde l'électrolyte. R. Dandres et P. Lacombe travaillentensuite sur le rôle des hétérogénéitésdes solutions solides vis-à-vis de la corrosion.

Les états de surface ont une grande importance.En particulierle polissage mécanique perturbe la corrosion par voie humide,comme par voie sèche. Un état de surface connu etreproductible est obtenu par le polissage électrolytique,découvert par Jacquet, et qui fait l'objet de la thèsede P. Morize (1947). Les aciers inoxydables sont étudiéepar H. Hatwell avec les mêmes techniques et dans lemême esprit.

La purification des métaux et alliages

Pour éviter les hétérogénéitésprovoquant la corrosion des métaux et alliages, la purificationdoit être poussée. J. Hérenguel purifie,en 1931, le magnésium par sublimation, en vue d'étudesde corrosion. Des alliages purs, aluminium-magnésium, oualuminium-magnésium-zinc, sont préparés etétudiés par E. Herzog, R. Dandres, J. Hérenguel.

Ce problème des relations entre la pureté et lespropriétés sera au centre des préoccupationsde très nombreux chercheurs du Laboratoire. Il féconderades recherches très diverses. L'aluminium, préparépar l'industrie à différentes puretés, estun matériau de choix. Pour observer le métal, leProfesseur G. Chaudron est le premier en France, en 1950, àutiliser le microscope électronique, d'abord sur répliques(P. Bussy), puis sur lames minces (Ch. Messager, O. Dimitrov).Des méthodes sont mises au point pour purifier d'autresmétaux, en particulier l'électrolyse pour le cuivre,le nickel, le fer, … ou pour obtenir des solutions de hautepureté comme la chromatographie par échange d'ionspour le fer … (G. Blanc).

Les méthodes d'analyse classiques ne sont plus assez sensibles,dès 1950, pour suivre les progrès de la purification.Le Professeur G. Chaudron songe à utiliser les radio-élémentsartificiels et charge Ph. Albert, avec la collaboration deP. Süe, d'explorer cette voie. Le sodium, le cuivreet les Terres Rares sont dosés dans l'aluminium aprèsirradiation dans le réacteur "Zoé" àChâtillon (Ph. Albert, M. Caron, 1951). Les impuretésdu fer sont analysées de la même manière en1953 ; le dosage du carbone est obtenu après irradiationaux deutons dans le cyclotron du Collège de France (Ph. Albert,P. Süe, 1953) ; [voir page 36 et suivantes].

Les progrès de l'analyse par radioactivation, la mise aupoint par M. Caron d'une méthode de caractérisationglobale de la pureté par mesure de la résistivitérésiduelle à basse température, permettentà leur tour des progrès dans la purification. LeProfesseur G. Chaudron décide de transposer aux métauxla méthode de la zone fondue dont les principes viennentd'être exposés par W.G. Pfann (Trans. AIME,194 (1952) 745-53), et qui a fait ses preuves depuis peudans la purification de monocristaux de germanium (W.G. Pfannet K.M. Olsen, Phys. Rev. 89 (1952) 323-32). L'aluminiumest encore le premier métal expérimenté parF. Montariol, R. Reich et Ph. Albert (1954). Denombreuses et diverses études de propriétéssont reprises sur ce métal exceptionnel fourni par la méthodede la zone fondue. La fabrication de bicristaux orientés(C. Goux et J. Montuelle, 1958), permet à C. Gouxd'apporter des connaissances nouvelles sur le joint de grain avantd'initier une importante voie de recherche en s'établissantà l'Ecole des Mines de Saint-Etienne.

D'autres métaux sont également purifiés parla méthode de la zone fondue, puis étudiés:le fer en 1957 (J. Talbot et Mme S. Talbot-Besnard),l'uranium en 1957 (Ph. Albert, O. Dimitrov, J. Le Héricy),le zirconium en 1959 (J.P. Langeron, P. Lehr, Ph. Albert),le cuivre en 1960 (J. Le Héricy), l'étainen 1960 (R. Reich, F. Montariol).

L'APPROFONDISSEMENT : 1962-1978

En 1962, le Professeur G. Chaudron, admis à faire valoirses droits à la retraite, propose aux responsables du CNRSde nommer à la direction du Laboratoire l'un de ses plusanciens élèves, le Professeur André Michel.Le CNRS suit la proposition du Professeur G. Chaudron. Cedernier, cependant, ne diminue pas son activité. Il gardeson bureau, occupé par deux grandes tables métalliques,l'une pour son travail, l'autre vide, destinée àrecevoir les documents divers lors des discussions qu'il continued'avoir avec les chercheurs. Contre l'un des murs de la pièce,dans la partie vitrée d'un grand meuble de même factureque les tables, des médailles, des portraits, des souvenirssont exposés. On y retrouve les visages de ses amis lesplus chers, Pierre Chevenard (1888-1960) et Albert Portevin (1880-1962).Le buste de Pasteur, auquel le Professeur G. Chaudron voueune très grande admiration, est en accord avec l'atmosphèrestudieuse, austère même du bureau, mais aussi avecles audaces scientifiques que la plus grande rigueur a toujoursaccompagnées.

Le Professeur A. Michel s'installe dans un bureau symétrique.La physionomie de cet homme grand et mince, discret et souriant,dégage une forte impression de rectitude morale et intellectuelle.Dansles intonations de sa voix grave passe, retenue, la chaleur qu'iltémoigne le plus souvent à ses interlocuteurs. Sasilhouette en blouse blanche rigoureusement boutonnée,maintenue par une ceinture de cuir légendaire, anime alorsles longs couloirs du Laboratoire.

André Michel

Elève du Professeur G. Chaudron, A. Michel garderaà celui qu'il tient à appeler son Maître unrespect et un dévouement qui ne failliront jamais. La noticequ'il rédige après la mort du Professeur G. Chaudronreflète parfaitement l'admiration qu'il voue au savantet le sentiment qu'il réserve à l'homme.

A. Michel est né en 1909 dans les Ardennes. Ses étudesle conduisent à Lille. Après son baccalauréaten 1928, il obtient en 1931 la licence ès Sciences Physiqueset son diplôme d'ingénieur de l'Institut de ChimieAppliquée, dont il sort premier de sa promotion. Le ProfesseurG. Chaudron est devenu le Directeur de l'Institut l'annéeprécédente et A. Michel a pu apprécierles qualités du Professeur de Chimie. Le Professeur G. Chaudronl'accueille dans son laboratoire et lui confie le montage et lamise au point d'une installation de diffraction X, la premièredans son laboratoire et la première dans la régiondu Nord. Avec cette méthode, A. Michel peut étudierdans les corps ferromagnétiques les relations entre lesévolutions des propriétés magnétiquesavec la température et celles de la structure cristalline.Les recherches alors entreprises par A. Michel sont àl'origine d'une série d'études que d'autres poursuivrontau Laboratoire de Vitry, plus tard. La thèse de A. Michel,soutenue le 9 juillet 1937 à Paris, comprend par exempledans le deuxième de ses trois chapitres, une recherchesur le sesquioxyde de fer cubique. Sur cet oxyde, il peut étudierla variation du paramètre cristallin en fonction de lateneur en sodium qui le stabilise, ou mieux de la températuredu point de Curie. Il obtient ainsi par extrapolation la valeurdu paramètre du sesquioxyde de fer cubique pur, et cellede son point de Curie, 675°C, qui n'a jamais étécontesté par la suite. Cette étude élégantesera reprise et développée longtemps aprèspar R. Collongues à Vitry, comme nous l'avons vu,marquée par l'importance qu'a revêtu la connaissancedu sesquioxyde de fer cubique dans son utilisation industrielle.

Ces résultats ,joints à d'autres qui sont exposésdans sa thèse, autorisent A. Michel à présenterune idée-force qui s'inscrit dans les transpositions sifécondes du Professeur G. Chaudron : "nouspensons pouvoir systématiser l'ensemble de nos résultatsen appliquant aux oxydes et sulfures les théories des solutionssolides intermétalliques".

L'année de sa thèse, A. Michel devient Assistantde Chimie Appliquée, puis Chef de Travaux pratiques l'annéesuivante. Il travaille alors sur l'oxyde de chrome ferromagnétiqueavec J. Bénard, sur les solutions solides d'insertionavec R. Faivre, sur le système palladium-hydrogèneavec Mme Michel et L. Moreau, sur les phases carburéesdu nickel avec G. Le Clerc. Rappelons que l'oxyde dechrome CrO2 et le sesquioxyde de fer cubique sont les deux composésemployés pour les bandes d'enregistrement magnétique.

La folie et la mort submergent l'Europe. Lieutenant d'artillerie,A. Michel est fait prisonnier. Il écrit plus tard :"Après quelques mois de guerre, les Allemands m'offrirentun séjour gratuit dans une de leurs provinces les pluscharmantes, la Poméranie". Sa captivitéde 1940 à 1945 à l'Oflag IIB puis IID ne l'empêchepas d'enseigner, ni même de publier, car J. Bénardl'associe aux notes et mémoires préparésavant les hostilités.

A la Libération, A. Michel retrouve son poste de rayonsX à Lille, mais le Professeur G. Chaudron a quittéson laboratoire pour Vitry, avec ses élèves. A. Michelréunit quelques jeunes ingénieurs de l'Ecole deLille et s'emploie à remplir la mission que le ProfesseurG. Chaudron lui a confiée en partant :"développerl'analyse thermomagnétique". Il relance deux typesde recherches, d'une part sur les oxydes de fer et leurs dérivés,d'autre part sur les caractéristiques du nickel hexagonal.Ce dernier axe ouvre la voie à l'étude des solutionssolides d'insertion et des composés semi-métalliques.

C'est en novembre 1953 que R. Fruchart, après avoirobtenu son diplôme de l'Ecole Nationale Supérieurede Chimie de Lille, anciennement Institut de Chimie Appliquée,commence la préparation de sa thèse dans le laboratoirede A. Michel, devenu Professeur sans chaire en 1948, puisProfesseur Titulaire de la chaire de Chimie Minérale en1951. A la suite de plusieurs thèses sur les carbures defer, R. Fruchart entreprend une étude des boruresde fer et des borures isomorphes de métaux voisins, etplus généralement des composés semi-métalliques.Il montre que le bore se substitue au carbone dans la cémentite(Fe3C) et que le borure de nickel, puis le borure de cobalt, ontmême structure que la cémentite. R. Fruchartsoutient sa thèse en 1958 à Lille.

Mais en 1957, le Professeur A. Michel a éténommé à la Faculté des Sciences de Paris.En 1959, il s'installe dans le Laboratoire de Vitry. Une partiede son équipe migre à Orsay en 1961. Il dirige alorstrois groupes : deux à Orsay, le troisièmeà Vitry, qui s'organisent avec chacun un animateur àsa tête et son domaine d'activité propre. A Orsay,le groupe des oxydes est animé par P. Poix, secondépar J-C. Bernier. Il continue et développe les étudesentreprises à Lille. P. Lecocq a la charge du secondgroupe d'Orsay.

Le troisième groupe, animé par R. Fruchart,reste à Vitry. Il se propose de suivre, parallèlementaux modifications structurales, l'évolution des propriétésmagnétiques dans le but d'apporter des renseignements surles mécanismes de liaisons et sur les interactions magnétiques.Il développe les méthodes de rayons X, augmentantleur précision, leur domaine d'application vers les bassestempératures. Il conçoit des appareils de mesuresmagnétiques automatisés. Le groupe quitte Vitrypour Grenoble en juillet 1974 et se développe dans un cadreplus conforme aux types de recherches qui lui sont propres, pouratteindre une renommée internationale.

Lorsqu'il a été nommé Directeur du Laboratoire,le Professeur A. Michel s'est fixé un double but :"d'une part maintenir et développer les étudesmenées jusqu'ici par le Professeur G. Chaudron, enparticulier sur les métaux purs, leurs propriétés,les alliages à base de métaux de haute pureté ;d'autre part maintenir et développer le potentiel "chercheurs"et le potentiel "matériel" du Laboratoire".Ce programme est rempli en collaboration avec le ProfesseurG. Chaudron et l'aide administrative de L. Moreau puis,au décès de celui-ci en 1970, de J. Montuelle.

Le Professeur A. Michel prend sa retraite en 1978. Avec sondépart prend fin la première période de lavie du Laboratoire, période à laquelle le ProfesseurA. Michel a participé d'abord comme élèvedu Professeur G. Chaudron, puis comme son disciple, enfincomme son successeur. Les recherches du Professeur A. Michel,dès sa préparation de thèse, ont étéimportantes tant dans la progression scientifique du ProfesseurG. Chaudron, que dans le développement du Laboratoire,dont elles ont constitué un axe essentiel. Leur rayonnementa atteint les Facultés de Lille, d'Orsay puis de Grenoble.

L'apport du Professeur A. Michel au Laboratoire sera illustréplus loin par quelques exemples de recherches. Auparavant, ilest essentiel de préciser la silhouette morale et intellectuelledu Professeur A. Michel. Ses distinctions sont nombreuses,aussi bien dans le domaine militaire que civil. Il reçutla Croix de Guerre 1939-1945. Il est Chef d'Escadron en 1958,cité Chevalier de la Légion d'Honneur. Parmi sesdistinctions civiles, il reçut de nombreux prix scientifiqueset fut nommé Officier de l'Ordre National du Mériteen 1968, et Commandeur des Palmes Académiques. Présidentde la Société Chimique de France en 1973-74, membredu Conseil de la Société Française de Métallurgie(1949) et de la Société des Hautes Températures(1957), il présida également la section de ChimieMinérale du CNRS en 1971, après y avoir siégécomme membre de nombreuses années.

Son activité de recherche ne doit pas occulter celle duProfesseur dans les trois domaines de la Chimie Minérale,de la Métallurgie et de la Chimie de l'Etat Solide. Cesenseignements ont été dispensés dans lesFacultés de Lille, de Paris et d'Orsay, sans oublier lesEcoles Nationales Supérieures de Chimie de Lille et deParis.

Ainsi, par ses recherches et par son enseignement, le ProfesseurA. Michel a su conserver l'esprit d'ouverture, de pluridisciplinarité,selon un mot à la mode, instauré par le ProfesseurG. Chaudron. Il pratique, comme son Maître, l'art destranspositions. Ses élèves et particulièrement,au Laboratoire, de 1959 à 1974, R. Fruchart et sonéquipe, étudient de nombreux matériaux (borures,phosphures, carbures, siliciures, nitrures, germaniures, etc…,pérovskites …) sous de nombreux aspects (structures,propriétés magnétiques, propriétésde conduction électrique et supraconductivité, édificeélectronique).

Le Professeur A. Michel avait certainement toutes les qualitésnécessaires pour garder le Laboratoire dans sa vocationpremière, l'étude des matériaux selon toutesleurs propriétés. Cette approche physico-chimiquedu matériau n'a pas aujourd'hui le même contenu qu'àl'époque où le Professeur G. Chaudronl'avait développée à Vitry par des recherchessur des solides aussi différents que les phosphates, lesoxydes ou les métaux, avec des méthodes alors nouvelleset déjà diversifiées comme les rayons X oul'analyse thermique ou thermomagnétique, mais la démarchevisant à étudier les matériaux en les cernantavec toutes les possibilités d'investigation du momentest la même. On l'appelle maintenant "Science des Matériaux".

Pourtant, sous la direction du Professeur A. Michel, le Laboratoirea poursuivi une évolution commencée après1950, la préparation et l'étude des métauxet alliages purs, et mobilisé un nombre croissant de chercheurset de techniciens. La personnalité du Professeur A. Michel,ses liens avec le Professeur G. Chaudron, permettent de donnerune première explication. Par respect et par admirationpour son Maître, le Professeur A. Michel ne s'est pasdérobé à la direction du Laboratoire, dansdes conditions qu'il pouvait prévoir difficiles puisquele Professeur G. Chaudron allait garder de nombreuses activitéset rester présent quasi-quotidiennement. De même,par fidélité au voeu de son Maître d'allerjusqu'au bout de l'étude des métaux purs, le Professeur A. Michela organisé la marche du Laboratoire dans ce sens et ila défendu cette orientation jusqu'au terme de son mandatde Directeur. La publication, sous la direction du Professeur G. Chaudron,des "Monographies des Métaux de haute pureté",dont les trois volumes sont parus de 1972 à 1977, est l'undes aboutissements de ce voeu.

Le Professeur A. Michel est donc resté fidèlejusqu'à son départ, soit plus de deux ans aprèsla mort du Professeur G. Chaudron, au seul Maître qu'ilse reconnaisse, et il a veillé à l'accomplissementdes recherches que ce Maître lui a confiées. Cependant,l'action du Professeur A. Michel, toujours en accordavec la mission qu'il s'était donnée, ne doit enaucun cas être réduite au respect d'un homme et dupassé, puisqu'elle a conduit les mutations imposéespar l'évolution de la recherche, tant dans le mode de fonctionnementdu Laboratoire que dans ses préoccupations scientifiques.En effet, la participation à des contrats avec les industriesou des organismes publics, l'engagement dans les actions lancéesà cette époque par le CNRS, telles que les ATP etles RCP, ont débuté sous sa direction. Des recherchesnouvelles ont été menées. Elles concernentdes domaines très divers de la métallurgie :interaction des défauts ponctuels ; nouvelles méthodesd'élaboration ; études des surfaces par spectrométried'électrons lents (Auger) ; protection contre la corrosionpar dépôts chimiques ou électrolytiques ;etc… Quelques exemples seront brièvement donnésdans le chapitre suivant. Une ouverture sur tous les plans caractérisecette époque et se concrétise sous des formes diverses :les rapports du Laboratoire avec l'Industrie, avec les Laboratoiresfrançais ou étrangers, ne se limitent plus aux lienspersonnels entretenus par le Directeur, mais intéressentl'ensemble des chercheurs et techniciens qui participent àdes réunions, à des colloques en France et dansle monde, qui publient dans des revues diversifiées, deplus en plus fréquemment étrangères, et dansla langue principale de la revue.

Les recherches

Sous la direction du Professeur A. Michel, les axes de recherchedéjà existants continuent de se développer,des idées originales voient le jour, se concrétisent.En effet, le très grand respect que le Professeur A. Micheltémoigne à chacun, pourvu qu'il accomplisse le devoirque lui permettent ses compétences, autorise l'ensembledes chercheurs à creuser la voie choisie, ou celle quisemble la plus prometteuse.

C'est la purification poussée des métaux, la possibilitéde fabriquer des alliages purs de composition rigoureusement connue,qui s'imposent alors comme la voie la plus féconde pourobtenir des résultats nouveaux et approcher de plus prèsles propriétés réelles des matériauxétudiés.

La structure du Laboratoire est adaptée en conséquence.Le personnel, qui comptait 35 personnes en 1954, atteint plusde 110 personnes en 1965, comprenant alors 70 chercheurs et techniciensde recherche, 13 ouvriers et 14 personnes affectées auxservices généraux et à l'administration.Cet effectif évolue peu ensuite, jusqu'en 1972, date àlaquelle le Professeur A. Michel souligne les difficultésde recrutement de jeunes chercheurs, non par manque de postulants,mais parce que le CNRS n'accorde pas les postes nécessaires.Le départ vers l'Industrie de 5 chercheurs ayant soutenuleur thèse n'est pas compensé par l'arrivéede 2 stagiaires, l'un en 1972, l'autre en 1973. L'effectif deschercheurs présents diminue également par suitedu départ de plusieurs personnes de l'enseignement supérieur.En 1974, le départ de l'équipe de R. Fruchartprive à nouveau le Laboratoire de 6 chercheurs. Le personnelcompte alors 54 chercheurs et techniciens de recherche, 8 administratifs,4 ouvriers et 10 personnes affectées aux services communs.Ces nombres restent stables jusqu'en 1978.

Les préoccupations scientifiques du Laboratoire se traduisentpar un découpage en 8 groupes, dirigés chacun parun Chef de groupe assisté, dans certains cas, d'un adjoint.Chaque groupe possède ses centres d'intérêtspécifique et conduit ses recherches en accord et en coopérationavec les autres.

En 1976, le découpage a peu varié. Le groupe deR. Collongues, devenu indépendant, développeses recherches dans l'enceinte du Laboratoire, mais aussi àl'Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Paris.

L'apparente rigidité de cette structure hiérarchiséepourrait faire craindre une sclérose de la recherche. Ellepermet au contraire, en étant parfaitement adaptéeaux recherches du moment, une progression importante, aussi biendans les techniques employées que dans les sujets d'étudeabordés. Quelques exemples le montrent précisément.

ï Le groupe dirigé par J. Montuelle étudie,sur un plan fondamental, les problèmes de corrosion etde protection des métaux et alliages. Comme les autresgroupes, celui de J. Montuelle est chargé de tâchesd'intérêt général. La technique defusion dans un four à plasma a été dérivéeen 1968 de celle mise au point à Vitry par R. Collongueset son équipe pour les oxydes réfractaires. Ellepermet d'obtenir des métaux et alliages dont la trèsgrande pureté est suivie à l'aide de dosages parchromatographie en phase gazeuse (1965).

A la suite des premières études de J. Montuelle,de nombreux chercheurs ont continué d'apporter des connaissancesnouvelles sur la recristallisation et la polygonisation. Cettevoie a mené A. Le Lann à des étudesfondamentales sur la recristallisation, plus récemmentsur les structures icosaédriques dans les quasicristaux.

Les études de corrosion humide et de protection des métauxet alliages purs, lancées par J. Montuelle, ont trouvéultérieurement un développement important, grâceen particulier à deux de ses élèves, M. Lopes da Cunha Belo(films passifs, corrosion sous contrainte) et K. Vu Quang(électrodéposition, protection des métauxet alliages ).

Ces recherches trouvent leur source dans la préparationet l'étude d'alliages obtenus à partir de métauxpurs. Dès 1961, disposant de fer, de chrome, de nickelde haute pureté, J. Montuelle a préparédes aciers inoxydables à un degré élevéde pureté. Des procédés d'obtention de cesaciers de haute pureté ont été mis au pointdans l'Industrie aux Etats-Unis. Cet exemple de l'applicationindustrielle d'une recherche qui pouvait paraître trèsacadémique au départ prouve, s'il en étaitbesoin, l'intérêt des études sur les métauxpurs et leur fécondité à long terme.

ï Dans le groupe "défauts de structure et restauration",la métallurgie physique a été constammentpratiquée sur des métaux purs préparésà cet effet, comme le nickel et l'aluminium. L'animateurde ce groupe est O. Dimitrov. Grâce aux connaissancesnouvelles issues de ses recherches, O. Dimitrov est devenuco-responsable, avec le Professeur M. Fayard, de la RCP 218,"Irradiation à basse température", de1970 à 1980. Cette RCP a favorisé l'obtention derésultats expérimentaux importants pour la compréhensiondu comportement des métaux dans les piles atomiques.

Après avoir évolué au cours des annéesprécédentes, comme toute recherche vivante, cetteactivité se poursuit actuellement par l'étude desalliages concentrés fer-chrome et d'alliages modèlesFe-Cr-Ni, proches des superalliages des réacteurs d'avions.

ï P. Lehr a dirigé jusqu'en 1978 des recherchessur des métaux du groupe IV du tableau de Mendéléeff,le titane et le zirconium principalement. La préparationet les problèmes d'oxydation du zirconium et du titanesous leurs aspects structuraux et thermodynamiques ont étéétudiés. Parallèlement, la déformationplastique de ces métaux, de leurs alliages, a étéexplorée à l'aide de nombreuses méthodes.

C'est en 1974 que M. Harmelin commence à étudierles changements de phase dans les métaux et alliages àl'aide des méthodes d'analyse thermique : thermogravimétrie,dilatométrie, analyse thermique différentielle,reprenant ainsi la voie ouverte par le Professeur G. Chaudron.Ces méthodes seront par la suite développéeset serviront largement à l'expansion des étudesstructurales, par exemple des alliages métalliques amorphesou des quasicristaux.

ï L'activité du groupe d'analyse par radioactivation,dirigé par Ph. Albert puis G. Revel, se subdiviseen un travail de recherche pour élargir le champ couvertpar les analyses et un travail de routine qui permet d'indiqueraux chercheurs les concentrations d'impuretés contenuesdans les métaux qu'ils préparent ou étudient,afin de tirer des conclusions de leurs travaux. Parallèlement,ce groupe poursuit la purification de l'aluminium, du magnésium,met au point celle du cérium. Les recherches nombreusespour séparer chimiquement les éléments àdoser, les collaborations avec beaucoup de laboratoires françaiset étrangers (CEN Saclay ; Institut de Physique Nucléairede Lyon ; Société Philips à Geldropen Hollande ; Lawrence Radiation Laboratory de Berkeley),permettent de multiplier à la fois le nombre de métauxanalysables et celui des impuretés dosables qu'ils contiennent.L'acquisition, en septembre 1971, d'un ensemble de détectiondes rayonnements g utilisant les propriétés dessemi-conducteurs, ouvre de nouvelles possibilités en diminuantconsidérablement le nombre de séparations chimiquesjusqu'ici nécessaires.

ï Le groupe de Mme S. Talbot-Besnard s'intéressed'une part à la purification du fer et à l'étudede ses propriétés, d'autre part à la purificationdu chrome et du titane. L'obtention du fer très pur parla méthode de la zone fondue a permis d'étudierle comportement réel de l'hydrogène, trèssensible à l'influence des défauts de structureet des atomes étrangers. En 1968-69, le séjour d'uneannée d'un chercheur étranger, W. Raczynski,dont la réputation dans le domaine de l'hydrogènedans les métaux est déjà bien établie,a renouvelé les thèmes de recherche et relancé,enrichi, l'action des jeunes chercheurs.

Dans ce groupe, J. Bigot étudie de nombreuses méthodesnouvelles de préparation de métaux et alliages pursqui intéressent de nombreux laboratoires universitairesou industriels. La fabrication du titane de haute puretépar le procédé Van Arkel est mise au point dansle cadre de la RCP "titane" alors en vigueur. La puretéde ce titane est encore accrue par l'utilisation, comme métalde départ, du titane que fabrique G. Lorthioir parélectrolyse de bains de sels fondus. Ce procédéentrera dans le domaine industriel.

ï Comme les autres groupes, celui de J.-P. Langerona la charge d'activités d'intérêt commun.A partir de 1968, l'achat d'un spectromètre de masse permetde doser rapidement de nombreuses impuretés contenues dansles métaux et alliages étudiés par d'autresgroupes. Vers 1974, tout en poursuivant la purification pousséede métaux tels que le zirconium, le molybdène, lecuivre, le titane, l'argent, J.-P. Langeron constate l'importancede la ségrégation des impuretés vers la surfaceet les joints de grains sur de nombreuses propriétés.Un appareillage permettrait leur étude : le spectromètred'électrons Auger. Des collaborateurs de J.-P. Langeroneffectuent les premiers essais chez la Société Riber,puis un ensemble adapté aux recherches envisagéesest acquis au début de 1975. Très vite, outre lesrésultats escomptés sur les ségrégations,cette technique apporte des renseignements précieux encorrosion sur la composition des films de passivation. Un secondappareil, muni de nouveaux perfectionnements, est installépeu après. Ces études donnent lieu à de nombreusespublications et à des échanges avec des laboratoirespublics ou privés, à la participation à diversesATP (Actions Thématiques Programmées), àdes contrats, à des prises de brevets.

Actuellement, la préparation des métaux purs etles études qu'ils permettaient d'effectuer ont laisséla place aux recherches sur les surfaces, les interfaces et lescouches minces

ï Après le départ de R. Fruchart et deson équipe à Grenoble en 1974, G. Lorthioirmet sur pied, au Laboratoire, une unité de recherche surla préparation et le purification des métaux parélectrolyse en bains de sels fondus. Cette méthodeest destinée à des éléments trèsréactifs : titane, chrome, vanadium, difficiles àpurifier par les méthodes usuelles. Les résultatsobtenus intéressent l'industrie et des conventions de recherchesont signées en 1974 avec la DGRST et en 1976 (ATP). Lacoopération avec Péchiney-Ugine-Kuhlmann est importante.

Vers 1978, la purification du zirconium est abordée enrelation avec le laboratoire du Professeur E. Bonnier etPUK. Le développement ultérieur de ces méthodesa permis de prendre des brevets, d'approfondir les conditionsde production, d'améliorer les processus, d'aborder laproduction du hafnium, puis du niobium.

ï Selon le voeu du Professeur A. Michel, les dix ouvriersprésents à l'Atelier de réalisations mécaniquesforment un groupe au même titre que les équipes derecherche. Le chef de groupe est A. Porcher. Le ProfesseurA. Michel estime en effet que l'organisation de la rechercheau Laboratoire nécessite un atelier de grande valeur. Souvent,les appareils nécessaires aux expériences souhaitéespar les chercheurs n'existent pas sur le marché. Les plansde ces prototypes scientifiques sont dessinés par les chercheurset par les techniciens de leurs équipes. L. Moreauavait enseigné des rudiments de dessin industriel àbon nombre d'entre eux. Ces plans sont parfois repris par un dessinateur.D'autres appareils doivent être adaptés aux besoinsnouveaux. Pour que l'Atelier puisse faire face à ces tâchesessentielles pour l'ensemble du Laboratoire, le Professeur A. Michel,avec l'aide des délégués syndicaux, obtientdu CNRS et de son Administration Déléguée,dirigée alors par J. Crozemarie, le reclassement desouvriers de l'Atelier, exception faite des derniers entrants.Les réalisations de ce groupe ont été nombreuseset déterminantes pour la marche du Laboratoire.

Cet examen rapide des activités des divers groupes sousla Direction du Professeur A. Michel montre la continuitédes thèmes avec la période précédente,dans laquelle beaucoup de recherches ont trouvé leur source.Certaines sont nées, cependant, sous la direction du ProfesseurA. Michel comme l'étude des surfaces (J.-P. Langeron)ou la purification des métaux par électrolyse enbains de sels fondus (G. Lorthioir). Elles ont toutes progressénaturellement en fonction des possibilités expérimentaleset théoriques nouvelles, des succès remportés.

Parce qu'elles trouvaient leur place dans la nouvelle orientationgénérale du Laboratoire prise en 1978, certainesde ces recherches se sont prolongées jusqu'à ladate présente, par exemple les études sur les défautsde structure et la restauration (O. Dimitrov), l'analysethermique des transformations à l'état solide (M. Harmelin),les structures des quasi-cristaux (A. Le Lann avec D. Gratias)ou la physico-chimie des surfaces (J.-P. Langeron).

D'autres ont disparu après 1978 sous leur forme originellepour être reprises, sur des matériaux différents,avec une approche renouvelée, par d'autres chercheurs commeles études sur les systèmes hydrogène-matériaux(R. Fromageau) ou la plasticité.

D'autres encore ont continué de suivre l'évolutiondes connaissances dans leur domaine et se sont rapprochéesd'études plus physiques et fondamentales, comme les recherchessur les films passifs ou sur la protection des métaux etalliages.

Tout en évoluant également, d'autres recherchessont restées indispensables au bon développementde l'ensemble du Laboratoire et des études sur les matériaux,telles l'analyse chimique (M. Fédoroff) ou la préparationdes métaux et alliages (J. Bigot, G. Lorthioir).

Nous resterons sur ces prémices des études effectuéesaprès 1978. Mais nous pouvons garder en mémoireque les recherches menées sous la direction du ProfesseurA. Michel ont évolué notablement, qu'ellesont secrété beaucoup de thèmes et de méthodesqui alimentent actuellement des activités importantes duLaboratoire. La nouvelle orientation donnée après1978 au CECM a provoqué l'accélération d'uneévolution déjà en marche, pour le moins enpréparation.

LE RAYONNEMENT DU CECM

Les principales recherches décrites succinctement, lesquelques exemples choisis parmi les avancées techniqueset scientifiques, montrent l'intense activité du Laboratoirejusqu'en 1978, date à laquelle s'ouvre un nouveau chapitrede son histoire. Pendant cette période de plus de trentecinq ans, les premières années de guerre étantexclues, le Laboratoire a exprimé également sa vitalitépar son rayonnement.

Les élèves du Professeur G. Chaudron, ceuxformés au Laboratoire comme leurs prédécesseursà Lille, ont été nombreux à partirpour occuper des postes d'enseignants ou de responsables de Laboratoiresde recherche industrielle. Le rayonnement du C.E.C.M. s'est manifestéégalement sous d'autres formes. En voici quelques exemplesd'où sont exclus, faute de place, les travaux du ProfesseurP. Lacombe et de ses équipes de recherche, des ProfesseursM. Fayard, J. Talbot ou R. Collongues àl'E.N.S.C. de Paris, du Professeur G. Montel à Toulouse,etc.

Le CECM et l'Industrie

Comme H. Le Chatelier, le Professeur G. Chaudronest toujours resté en contact étroit avec l'Industrie.Son intérêt pour les problèmes industrielss'est traduit très tôt dans son enseignement. Lesrapports avec l'Industrie et les industriels ont éténombreux. L'un des premiers contacts de recherche eut lieu àLille, avec un industriel préoccupé par le rouissagedu lin. Cette opération consistait alors à disposerles fibres de lin sur des radeaux flottants sur l'eau. Dans cesconditions, des micro-organismes se développent et dissocientl'agrégat fibreux d'une manière telle qu'il peutêtre filé. L'étude effectuée par MlleV. Bossuyt (Thèse, Lille, 1941) a permis de substituerà ce procédé empirique un rouissage chimique.

Les rapports avec les "Tréfileries et Laminoirs duHavre", par l'intermédiaire de J. Hérenguel,ont déjà été soulignés, ainsique l'intérêt des "Alumag", alliages légersrésistant à la corrosion et qui firent l'objet debrevets (E. Herzog).

Citons également les relations établies par le ProfesseurG. Chaudron avec la Société Philips àEindhoven. Les échanges ont concerné principalementles ferrites sur lesquels le Laboratoire pouvait apporter desconnaissances nouvelles aux Ingénieurs de Philips, représentésalors par Monsieur Verwey. Le Professeur G. Chaudron s'étaitégalement lié d'amitié avec Van Arkelet W.G. Burgers.

Si la collaboration entre le Laboratoire et l'Industrie se manifestepeu par des documents, contrairement aux habitudes prises dansune période plus récente, les contacts approfondisn'existaient pas moins. L'amitié que le Professeur G. Chaudronentretenait avec R. Castro, Directeur des recherches àUgine-Aciers, et avec J. Hochmann, Directeur des recherchesà la Compagnie des Forges et Aciéries de la Loire,avait des répercussions sur les recherches demandéespar le Professeur G. Chaudron à ses élèves,mais peu de retombées financières, en dehors dela rémunération des chercheurs par des bourses.De 1950 à 1965, la Société Ugine a financéen permanence une bourse d'étude au Laboratoire. P. Lehren bénéficia pendant un temps, ainsi que d'autreschercheurs.

Le Laboratoire s'acquittait de sa dette envers les Industrielsen formant des cadres pour leurs équipes de recherche.Cet échange se faisait très librement, sans contratécrit, sans obligation pour le boursier de partir chezl'Industriel qui l'avait rémunéré pendantla préparation de sa thèse. Les Industriels trouvaientaussi dans ces coopérations la possibilité de mieuxconnaître des métaux nouveaux comme ce fut le caspour le zirconium ou l'uranium, lorsque leur emploi devint fréquent.

La Société des Potasses et Engrais Chimiques a financéune partie des recherches du Professeur G. Chaudron, Ph. Marietteétant son collaborateur pour les relations avec cette Société.Le Professeur G. Chaudron orienta certains de ses élèvesvers l'étude des phosphates, activité confiéeen particulier à G. Montel. Cette collaboration setrouve donc à la source des travaux sur les biomatériauxque le Professeur Montel a développés à Toulouse.La Société PEC a fourni également des bourses(G. Montel, R. Wallaeys, M. Pruna).

Les relations avec l'IRSID (Institut de Recherches de la SidérurgieFrançaise), "véritable plaque tournante entrel'usine et la science" selon son Directeur, G. Delbart,bénéficièrent beaucoup de l'amitiéqui unissait ce dernier au Professeur G. Chaudron. De nombreusesbourses furent accordées à des élèvesdu Professeur G. Chaudron. Certains boursiers, tel L. Beaujard,firent ensuite leur carrière à l'IRSID, d'autres,comme J. Montuelle, restèrent au CNRS. Inversement,des boursiers du CNRS comme R. Sifferlen travaillèrentquelque temps, au sortir de leur préparation de thèse,à l'IRSID. Ces chassés-croisés illustrentla très grande liberté de relations du ProfesseurG. Chaudron avec les mécènes du Laboratoire.Cette liberté s'exerçait également dans lessujets de recherche financés, qui pouvaient concerner desaciers industriels aussi bien que des monocristaux d'aluminium.

La collaboration avec l'Industrie n'est institutionnaliséeque beaucoup plus tard. Les rapports au Comité de Directionne commencent à faire une référence expliciteà des contrats qu'à partir de 1972. Les premierssont conclus avec la DGRST et la DRME. En 1976, l'ouverture duLaboratoire vers le domaine industriel se concrétise parune dizaine de contrats, avec la DGRST, l'Institut Françaisdu Pétrole, la Société Nationale pour l'IndustrieAérospatiale (SNIAS), la Société Cime-Bocuze,la Société Télémécanique etPéchiney-Ugine-Kuhlmann. Dans le même mouvement,des collaborations sont engagées avec divers laboratoiresfrançais et étrangers. Certains échangessont favorisés par la participation à des ATP etRCP.

Un apport plus subtil du CECM à l'Industrie résidedans la formation par la recherche. Cette formation, qu'a décriteM. Wintenberger, Directeur Scientifique Honoraire de Péchiney,au Colloque "Cinquante ans de Métallurgie", aided'abord à comprendre les chercheurs. Cette connaissancedes chercheurs, de leurs modes de raisonnement, de leurs motivations,ne peut qu'aider un directeur scientifique de l'Industrie àdiriger ses propres chercheurs, à dialoguer avec ceux dusecteur public.

Les recherches communes entre Péchiney et le CECM illustrentparfaitement les résultats qu'une bonne compréhensionmutuelle a permis d'obtenir. Dans le passé, les alliagesà mémoire de forme, la purification du titane parle procédé Van Arkel, l'oxydation anodique de l'aluminiumpour des applications électriques ou pour la fabricationde condensateurs ont constitué les thèmes traités.Plus récemment ont été étudiéesla fusion par bombardement électronique et la récupérationélectrochimique de l'uranium, la trempe rapide d'alliagesd'uranium, la préparation de métaux réfractaires,l'obtention de nouveaux alliages de magnésium àrésistance mécanique élevée, par tremperapide.

Les relations que le CECM a pu établir avec l'Industrieont été rendues possibles par la richesse des connaissancesscientifiques, techniques, accumulées et transmises àl'intérieur du Laboratoire grâce à une actionde recherche et d'enseignement soutenue, continue.

Le CECM et le CEA - L'analyse par radioactivation

Après la guerre, l'aluminium le plus pur est raffinépar double électrolyse (Procédé M. Gadeau).Le rôle des dernières impuretés présentesse révèle prépondérant sur un nombreimportant de propriétés, par exemple la températurede recristallisation. Le dosage des impuretés est effectuépar calorimétrie, éventuellement vérifiépar spectrographie semi-quantitative. Au niveau de puretéatteint, de 0,002% à 0,01%, les méthodes conventionnellesd'analyse, même améliorées, ne parviennentpas à distinguer des aluminiums de propriétéspourtant différentes. Les limites de détection sontimportantes, la précision des mesures est faible. Contrairementaux habitudes prises en analyse à cette époque,où sont dosés dans les matériaux les plusdivers les seuls éléments qui bénéficientde méthodes sensibles, le Professeur G. Chaudron souhaiteque soit dosé le plus grand nombre d'impuretés dansdes métaux tels que l'aluminium ou le fer. L'analyse parradioactivation va lui fournir cette méthode, avec la doublecertitude de l'identification des impuretés et d'un dosagequantitatif.

La situation est favorable. En 1951, le Professeur G. Chaudronest Membre du Comité Scientifique du Commissariat àl'Energie Atomique et consultant permanent pour les questionsde métallurgie, dont l'étude commence dans cet organisme.Le Professeur G. Chaudron connait donc bien les possibilitésdu CEA. Il est, dans le même temps (1951-1952), Membre dela Commission Scientifique de l'Institut de Recherche de la Sidérurgie,où il rencontre Irène Joliot-Curie, qui en faitégalement partie. De plus, lorsque le Professeur G. Chaudrondevient Président de la Société Chimiquede France, en 1952, Pierre Süe, adjoint pour la chimie deF. Joliot-Curie, en est le secrétaire général.P. Süe a été formé pendant deuxans, avant la guerre, par F. Joliot devenu Professeur deChimie Nucléaire au Collège de France en 1937, pourappliquer les méthodes de la radioactivité artificielle,en particulier aux domaines biologique et chimique. P. Süeva jouer un grand rôle dans le développement desméthodes d'analyse par radioactivation.*

La rencontre du Professeur G. Chaudron avec P. Süe,l'amitié qui naît entre les deux hommes, celle quirapproche le Professeur G. Chaudron de Madame IrèneJoliot-Curie, la position privilégiée du ProfesseurG. Chaudron parmi les spécialistes du nucléaire,favorisent l'utilisation en métallurgie de cette nouvelleméthode d'analyse par irradiation. Elle consiste àbombarder le matériau à analyser par un flux departicules : les éléments chimiques constitutifsdeviennent radioactifs. Leur radioactivité étantproportionnelle à leur masse, leur concentration peut doncêtre déduite quantitativement des caractéristiquesde leur spectre de rayonnement (période, nature, énergiedu rayonnement) par comparaison avec celui d'un étalonirradié dans les mêmes conditions. Il est parfoisnécessaire de séparer des radioélémentsde spectres voisins par des procédés chimiques.

Il faut disposer d'une source de particules pour l'irradiation.Le cyclotron du Collège de France est utilisé parPh. Albert et P. Süe en 1953 : le dosage du carbonedans le fer pur atteint une sensibilité de 0,0001%, alorsque la méthode chimique classique la plus récenteet la plus performante, mise au point à Vitry par L. Moreau,J. Talbot, J. Bourrat (1953), ne descendait qu'à0,001%.

Mais c'est la création de la première pile atomiquefrançaise qui va permettre le départ de l'analysepar radioactivation.* Dès 1950, le Professeur G. Chaudronpeut donc confier à Ph. Albert, entré bénévolementau Laboratoire en 1945 et devenu ingénieur du CNRS en novembre1946, la tâche d'organiser les recherches en analyse parradioactivation. La première application des radio-élémentsconcerne bien sûr l'aluminium dans lequel sont doséesles impuretés majeures : sodium, cuivre, terres rares(Ph. Albert, M. Caron, G. Chaudron, C.R. Acad.Sci. Paris 233 (1951) 1108-1110). L'irradiation a étéobtenue dans le flux de neutrons thermiques de Zoé. Lespublications se succèdent ensuite pour montrer les ségrégationsintergranulaires ou interdendritiques des impuretés (août1952), pour analyser le fer (mars 1953), pour étudier l'influencedes impuretés sur la résistivité électrique(février 1954), etc… La nécessité d'unepurification plus poussée des métaux naîtdes résultats de ces analyses et des études qu'elleséclairent. La méthode de la zone fondue appliquée,comme nous l'avons vu, à l'aluminium en février1954, répond à cette attente.

Au début de la méthode, 55 élémentspeuvent être dosés, dont 45 sur un seul échantillonde 1 gramme. Son développement se réalise en relationavec P. Süe, mais aussi avec le groupe d'analyse dudépartement de métallurgie du CEA à Saclay.Dans ce département travaillent G. Cabane et J.-F. Petit,qui se sont initiés à la métallurgie au Laboratoirede Vitry, où le Professeur G. Chaudron leur avaitréservé le premier étage de l'aile sud-ouest.L'amitié qui lie le Professeur G. Chaudron àCharles Eichner (1902-1955), premier Directeur du Départementde Métallurgie au CEA puis à M. Salesse, favorisela bonne entente entre le Laboratoire de Vitry et le CEA. Au moyende l'accélérateur linéaire de Saclay, quidélivre des photons g, et des cyclotrons de Saclay, lesatomes interstitiels, carbone, azote, oxygène, sont dosésdans le fer, l'aluminium, le zirconium, etc… Ces moyens permettentd'attendre la construction d'un cyclotron adapté aux besoinsdes chimistes.

A partir de 1960, le Professeur G. Chaudron utilise la notoriétéacquise par l'analyse par radioactivation, l'autorité quelui confère la réussite du Laboratoire de Vitry,pour augmenter les moyens d'analyse mis à la dispositiondes chimistes en France et pour développer à l'échellenationale les méthodes mises au point par Ph. Albertet ses élèves à Vitry. Grâce àl'activité constante de Ph. Albert, cette action aboutitd'abord en 1970 avec la création du Laboratoire "Pierre Süe",puis en 1976 avec celle du Service du Cyclotron devenu le Centred'Etudes et de Recherches par Irradiation (CERI-CNRS), àOrléans.

En effet, profitant de la construction de la pile Osiris àSaclay, le CEA et le CNRS s'associent pour financer un laboratoired'analyse par activation. Ph. Albert pour le CNRS, soutenupar le Professeur G. Chaudron, Pierre Lévèquepour le CEA, en sont les fondateurs. Le Laboratoire, qui reçoitle nom de "Pierre Süe", entre en service en 1970.*

Dès la création du Laboratoire "Pierre Süe",particulièrement bien adapté pour les élémentsde très courtes périodes, il est apparu qu'un cyclotronou un accélérateur produisant des photons g de hauteénergie, réservés aux expériencesde chimie, permettrait d'étendre les possibilitésde l'analyse par radioactivation aux éléments légers.Toujours avec l'appui du Professeur G. Chaudron, Ph. Albertobtient la création du Service du Cyclotron, qui prendraplus tard le nom de Centre d'Etudes et de Recherches par Irradiation.Ce Centre est construit par le CNRS à Orléans etil produit des faisceaux à partir de 1976.*

La dynamique créée au Laboratoire de Vitry par leProfesseur G. Chaudron et par Ph. Albert est toujoursen action puisque des projets sont actuellement en cours de réalisation :une microsonde nucléaire sera installée au Laboratoire"Pierre Süe", financée par les départementsde Chimie et des Sciences de la Terre au CNRS, et par le CEA ;un accélérateur "Van de Graff" est déjàopérationnel au CERI.

Si le succès de l'analyse par radioactivation a conduità des réalisations importantes et toujours vivantes,il a eu d'autres répercussions, en dehors du Laboratoiremais aussi sur l'évolution même de celui-ci.

Un élève étranger de Ph. Albert a soutenusa thèse à Paris en 1964 : Emile A. Schweikert,qui en 1974, après une carrière rapide au Départementde Chimie de l'Université du Texas (Texas Agriculturaland Mechanical University), est nommé Professeur. Il estactuellement membre d'organismes importants concernant l'analyseet la chimie aux Etats-Unis (IUPAC, NBS panel for analytical chemistry)et dans le monde. Il a apporté à l'analyse par radioactivationde nombreuses améliorations puisqu'il a étéle premier, par exemple, à coupler la radioactivation avecla séparation électromagnétique des isotopes,et un pionnier dans l'utilisation des particules les plus diverses(particules chargées, ions lourds…). Parmi la quarantained'élèves qu'il a formés, quelques uns sesont implantés au NBS où la méthode se développeencore. Le Professeur Schweikert est devenu le spécialisteécouté aux Etats-Unis de l'analyse par radioactivation.

Les échanges de l'école française avec l'étrangersont nombreux, en particulier avec la Communauté Européenneet la Belgique, où le Professeur Hoste a créé,à Gand, un Laboratoire équipé d'une pileet d'un cyclotron. Les techniques de dosage de l'oxygènepar les neutrons de très forte énergie et par lesparticules chargées sont utilisées au Japon, enAngleterre, dans les pays de l'Est. En France, elles sont adoptéesdans l'Industrie, comme chez Péchiney à Voreppe.Ces méthodes ont été développéeset diffusées dans le cadre de la Communauté Européenne,en mettant en relation les laboratoires et les industriels. Ajoutonsque le Bureau Communautaire de Référence, émanationde la Commission des Communautés Européennes, faitcoopérer les laboratoires européens pour la fabricationd'étalons de mesure.

D'autres méthodes sont venues concurrencer l'analyse parradioactivation mais, chacune ayant ses points forts et ses faiblesses,des coopérations sont nécessaires. L'analyse parradioactivation reste encore la méthode de référence.

Au CECM, l'évolution de l'analyse par radioactivation apermis des avancées importantes. En effet, la purificationdes métaux et alliages et son amélioration constanteont pu être réalisées. Dans ces matériauxnouveaux, il a été possible de relier les propriétésphysiques ou chimiques les plus diverses à des impuretésreconnues et dosées. Les recherches dans ce domaine ontété évoquées précédemment.

Actuellement, beaucoup d'analyses se font sans séparations chimiques. Celles-ci, lorsqu'elles sont restées indispensables,ont été grandement améliorées. La plupart des éléments peuvent être dosés,du sodium à l'uranium, à des teneurs allant de 1%à la fraction de partie par billion (10-10 %). Au Laboratoire,les recherches dans ce domaine de l'analyse par radioactivation sont maintenant dirigées par M. Fédoroff, depuis le départ de G. Revel au début de 1979. Les applications continuent d'être étendues aux métaux et alliages, mais aussi au silicium pour des études d'environnement.Des recherches sont poursuivies pour améliorer les méthodes,sur les séparations chimiques et sur les processus de fixation des ions sur les minéraux.

L'idée lancée et soutenue par le Professeur G. Chaudronen 1950 s'est donc révélée d'une exceptionnelle fécondité, tant pour le Laboratoire que pour l'analyse en France, en Europe et au-delà, grâce essentiellement aux recherches et aux réalisations de Ph. Albert et ses élèves.

Le CECM et le CEA. La métallurgie des combustibles nucléaires

Lorsque le premier lingot d'uranium arrive au Laboratoire, la manipulation de ce métal est encore hésitante. On demande à Monsieur Veau, l'un des ouvrier de l'atelier,de découper les premiers échantillons à étudier.On lui confie une lame de scie et une lime qui ne devront servir qu'au travail de ce métal. Le premier coup de scie produit des poussières d'uranium qui s'enflamment aussitôt,sous le regard pour le moins très étonnéde Monsieur Veau qui n'avait pas été prévenu.

Des recherches sont lancées sur ce métal aux propriétés inhabituelles. G. Cabane et Y. Adda lui consacrent leurthèse, P. Lehr, M. Pruna, J.-P. Langeron,d'importantes études. Rappelons que l'uranium est purifié par la méthode de la zone fondue en 1957 .

Ces recherches sont le fruit des liens qui se créent entreles métallurgistes du CEA et le Laboratoire. L'amitié et l'estime nées entre Ch. Eichner, le premier Directeur du département de Métallurgie du CEA à Saclay et le Professeur G. Chaudron, qui se connaissaient depuis l'Université, ont probablement favorisé ces relations.Ch. Eichner avait été formé à la recherche par le Professeur F. Holweck, que les allemands fusillèrent en 1941. Ch. Eichner a d'abord travailléà l'Institut de Physico-Chimie de Paris, rue Pierre et Marie Curie. Il a ensuite préparé sa thèse de doctorat à la Sorbonne, dans le Laboratoire de Victor Auger, puis celui de Marcel Guichard. En étudiant la diffusion de l'hydrogène dans les métaux, en compagnie de Victor Lombard, il observe des phénomènes qui indiquent l'existence d'un nouvel hydrogène. Pendant qu'il précise ses résultats, Harold Clayton Urey découvre, aux Etats-Unis, l'eau lourde en 1932 et il obtient le prix Nobel en1934, en privant Ch. Eichner. Ce dernier est devenu ensuite l'adjoint de B. Goldschmidt au CEA, où il a développé la métallurgie et la chimie. Ch. Eichner fut d'abord secondé par H. Piatier, Ingénieur des Poudreset chimiste. Lorsque H. Piatier fut nommé chef de cabinet de F. Perrin, un polytechnicien du génie maritime,M. Salesse, l'a remplacé. A la mort prématuréede Ch. Eichner, en décembre 1955, M. Salessea repris la direction du Département de Métallurgie et de Chimie Appliquée. Les excellentes relations que leProfesseur G. Chaudron avait entretenues avec Ch. Eichnerse sont perpétuées avec M. Salesse. Ensuite,M. Salesse a quitté le CEA pour diriger le Laboratoirede recherche de Péchiney, où il sera remplacéplus tard par M. Wintenberger, élève du Professeur G. Chaudron.

Les liens officiels du Professeur G. Chaudron avec le CEA de Saclay ont été décrits précédemment.De plus, de 1957 à 1968, le Professeur G. Chaudrona présidé les Colloques Annuels de MétallurgieSpéciale de l'Institut National des Sciences et TechniquesNucléaires (INSTN). Cet organisme, fondé sur lesite de Saclay par J. Debiesse, a établi une liaisonentre le CEA et l'Université.

Ces relations multiples entre le CEA de Saclay et le Laboratoirese sont concrétisées de différentes manières.Vers 1949-1950, les problèmes de métallurgie sontles plus importants, mais aussi les plus obscurs, pour le CEA.Ch. Eichner veut promouvoir la connaissance de cet uraniumaux propriétés très étonnantes. Malgré les locaux mis à sa disposition au Fort de Châtillonet les bureaux qu'il partage avec J. Stohr, Ch. Eichnerdemande l'hospitalité au Professeur G. Chaudron pourquelques uns de ses chercheurs. Le Professeur G. Chaudron lui offre quelques salles d'expérience au premier étagedu Laboratoire de Vitry, dans l'attente d'un laboratoire bien équipé à Saclay. G. Cabane et J.-F. Petitarrivent ainsi à Vitry, avec un technicien. Ces personnelsdu CEA bénéficient à Vitry d'une situation privilégiée. Dans une période où les moyens accordés par le CNRS à ses chercheurs sontencore maigres, le matériel qui provient du CEA paraîtrelativement abondant et bien adapté aux études.Cette situation sera maintenue jusqu'à l'aménagement du Laboratoire de Métallurgie souhaité par Ch. Eichnerà Saclay, en 1955. G. Cabane et J.-F. Petit repartentalors à Saclay. Chacun a ensuite occupé d'importantes fonctions au CEA. J.-F. Petit est devenu le Président d'Eurodiff. G. Cabane est à l'origine de la Sectionde Recherche en Métallurgie Physique, à Saclay.Il a conduit, sous la direction de M. Salesse, les études fondamentales du Département de Métallurgie, alors que J. Stohr dirigeait le Service de Technologie, chargédes études appliquées.

D'autres chercheurs se sont formés dans le même temps à Vitry et sont embauchés ensuite par le CEA. Lepremier d'entre eux est P. Morize. Il est entré très tôt à Vitry, pendant la guerre. Après avoir obtenu sa thèse en Juin 1947, P. Morize met au point,à Ugine, la fabrication d'uranium très pur par un procédé thermique dérivé de la méthodede Van Arkel. En 1959, il quitte Ugine pour le CEA, où il est accueilli dans le Laboratoire de Chimie du Solide dirigé par R. Caillat. Il met au point le frittage de la glucine, l'oxyde de béryllium alors préconisé comme modérateur pour ralentir les neutrons dans les piles et contrôler la réaction nucléaire. La mauvaise tenue de la glucine à l'irradiation conduira ultérieurementà une autre solution. En 1965, P. Morize devient l'adjoint de M. Weiss, Directeur du Service de Recherche en Métallurgie Appliquée. Jusqu'à sa retraite en 1986, il est lespécialiste du zirconium, après avoir mis au point des tubes de ce métal pour les piles à eau pressurisée.

P. Bussy soutient sa thèse à Paris en 1954.Ses travaux de métallographie sur l'aluminium utilisent une méthode dont la nouveauté a été signalée précédemment, la microscopie électronique sur répliques. Il apporte en particulier des preuves évidentes de l'influence de la pureté du métal sur la corrosion,qu'elle se produise dans les grains ou le long de leurs joints.P. Bussy est engagé par Ch. Eichner peu avant la disparition de ce dernier. A Saclay, il étudie d'abord,sous la direction de J. Blin et E. Grison, les effetsde l'irradiation sur les combustibles, puis à Cadarache il dirige la Section des Applications Technologiques du plutonium.Pour les études relatives à la future pile "Rapsodie",il fournit aux physiciens les combustibles nécessaires.De retour dans la région parisienne, il dirige alors, aucentre du CEA de Fontenay-aux-Roses, le service "Plutonium"regroupant diverses équipes axées sur la physiquedu solide (direction Y. Quéré), sur les céramiquesà base de plutonium (direction R. Pascard) et lesoxydes mixtes d'uranium et de plutonium, sur le plutonium irradié et les combustibles destinés aux piles à neutrons rapides (direction J.-P. Mustelier).

Après sa thèse, Y. Adda entre à Saclay sous la direction de G. Cabane, en 1955. Les rapports queY. Adda a entretenu jusque là avec le Professeur G. Chaudron ont été difficiles. A. Accary a souvent plaidé la cause de Y. Adda auprès du Professeur G. Chaudron.On peut penser que la démarche intellectuelle de Y. Adda était assez différente de celle du Professeur G. Chaudron.Son intérêt pour une métallurgie physique transparaît dans sa thèse (comme dans celle de M. Fayard, dans un tout autre domaine). Sa seconde thèse* porte sur les mécanismes de diffusion dans les solides et leur applicationà l'oxydation des métaux. Elle est sans doute le début d'un intérêt profond pour les problèmesde diffusion. La publication, en 1966, avec J. Philibert,du célèbre traité sur "La Diffusion dans les Solides" en témoigne, comme l'orientation de recherche donnée par Y. Adda à la SRMP de Saclay sur ces études de diffusion. Un autre ouvrage signépar Y. Adda et J. Philibert, auxquels s'associent J.-M. Dupouy et Y. Quéré, voit le jour de 1976 à1979 : "Les Eléments de Métallurgie Physique".Les effets de l'irradiation sur les solides constitueront un autreaxe de recherche de la SRMP, dont est issu G. Martin, Directeurdu CECM nommé par le Professeur M. Fayard, de juillet1984 à juin 1988, et probable successeur de Y. Adda à la tête de la SRMP. Une fois Y. Adda établi à Saclay, ses rapports avec le Professeur G. Chaudron deviennent ce qu'ils devaient être entre deux scientifiquesde grande envergure, mais de caractères et de méthodes de travail probablement peu compatibles. L'estime de Y. Addapour le Professeur G. Chaudron est dès lors un appui très sûr pour le CECM au sein du CEA de Saclay.

A. Accary soutient sa thèse quelques mois aprèsY. Adda. Ensuite, il effectue à Pittsburg, dans leLaboratoire du Professeur Mehl, connu du Professeur G. Chaudron pour ses travaux sur les oxydes de fer, un stage post-doctoral (Carnegie Institute of Technology). De retour en France en 1958,il entre dans l'équipe de R. Caillat, au CEA, pour travailler sur les carbures d'uranium. Très attirépar l'enseignement, il donne des cours au CNAM (ConservatoireNational des Arts et Métiers), à l'Ecole de Céramique de Sèvres, au CACEMI (Centre d'Actualisation des Connaissanceset de l'Etude des Matériaux Industriels). Il quitte le CEA en 1976 après avoir été nommé Professeur de Chimie à Clermont-Ferrand, où il enseigne encore à cette date.

Plus récemment, G. Pinard-Legry, un élèvede J. Montuelle, entre également au CEA, dans le Laboratoirede Corrosion et d'Electrochimie dirigé par H. Coriou,à Fontenay-aux-Roses. Il a soutenu sa thèse en février1969 sur les aciers spéciaux martensitiques à haute résistance mécanique, dont il a étudié la structure et les propriétés en corrosion. En particulier, il préconise une méthode de protectionde l'acier Maraging, développé à partir de1960 et dont l'utilisation est alors importante dans des domainesde pointe tels que l'industrie aérospatiale. G. Pinard-Legrydirige actuellement le Laboratoire de Corrosion de Fontenay-aux-Roses depuis le départ de H. Coriou.

Les rapports du CEA et du CECM ont donc été nombreux et les bénéfices partagés. Le Laboratoire a obtenu du CEA des aides diverses, par exemple sous forme debourses d'études jusque vers 1975. Les chercheurs forméspar le Professeur G. Chaudron ont eu un rôle important sur le développement de la métallurgie au CEA.

Le CECM et la Chimie du Solide

Au Colloque "Cinquante ans de Métallurgie" organiséle 24 juin 1988 pour fêter le cinquantenaire du Laboratoire,le Professeur R. Collongues a traité des rapportsde la métallurgie, et particulièrement du CECM,avec la chimie du solide. Ecoutons-le :

"Pour mesurer tout ce que la chimie du solide françaisedoit au Laboratoire de Vitry, il convient de rappeler qu'au lendemain de la seconde guerre mondiale, la chimie du solide n'avait guèredroit de cité dans la communauté des chimistes des molécules et des solutions. De sorte que les chimistes du solide se sont rapprochés des spécialistes d'autres disciplines qui pouvaient les comprendre : les minéralogistes et cristallographes d'une part, les physiciens du métalet les métallurgistes d'autre part" … "A ses débuts, la chimie du solide a progressé surtouten avançant sur les traces de la science du métal,et le rôle du Laboratoire de Vitry fut immense".

Le Professeur R. Collongues a donné ensuite des exemplesdes transpositions du domaine des métaux à celuides oxydes. L'élaboration des métaux ultra-pursa son équivalent dans la fusion à plus de 2000°C,sans creuset, en atmosphère oxydante, de la zircone stabilisée(Mme M. Perez y Jorba, 1963). La technique de la zone fondue flottante appliquée aux métaux tels que le zirconium ou le cuivre, l'a été également au four àimage pour l'alumine. Comme les métaux, les oxydes simples ou mixtes ont été obtenus sous forme de monocristaux,ou de bicristaux pour l'étude des joints de grains ;des méthodes de polissage électrolytique leur ontété appliquées. Les études de non-stoechiométrieont été effectuées sur les alliages métalliques,mais aussi sur les oxydes. Toujours comme les métaux, les oxydes subissent des transformations eutectoïdes (FeO) eteutectiques (eutectiques orientés d'oxydes). Plus récemment encore, les alliages métalliques amorphes préparés par "splat cooling" (trempe ultra rapide) trouvent leurparallèle dans l'hypertrempe des oxydes, qui a permis d'étudier les propriétés des oxydes non-cristallins. Enfin,les interfaces métalliques d'une part, les structures endomaines et les composites d'oxydes d'autre part, justifient lesmêmes approches.

Laissons la conclusion au Professeur R. Collongues :"la chimie du solide commence "à remboursersa dette" à la métallurgie et les beaux résultats obtenus aujourd'hui dans le domaine des interfaces, par exemple,montrent bien qu'en associant les deux disciplines au sein d'une même science des solides, le Laboratoire de Vitry avait été, bien avant tous les autres, le prototype dece que devait être un Laboratoire de Sciences des Matériaux".

VERS UNE SCIENCE DES MATERIAUX

Jusqu'à sa retraite, le Professeur G. Chaudron nesemble pas avoir été tenu à réunirpériodiquement le Comité de Direction du Laboratoire.A partir de 1963, des documents sont soumis au Comité quise tient alors assez régulièrement sous la présidencedu Professeur G. Chaudron. Le 11 juin 1974, un nouveau Comitéde Direction, nommé par le Directeur du CNRS conformément au règlement qui régit la vie des Laboratoires Propres,se réunit sous la présidence du Professeur E. Bonnier.Trois recommandations d'ouverture sont adressées au CECM,vers les laboratoires de physique, vers le domaine industrielet vers les structures nouvelles du CNRS, notamment les ATP.

Pourtant, l'ouverture s'était effectuée dès1962, aussi bien dans les relations de recherche avec les organismesextérieurs au C.E.C.M. que dans les publications. A l'approche du départ à la retraite, en Octobre 1978, du Professeur A. Michel, le Comité de Direction qui se tient les 5 et 6 Mai 1976,montre sans équivoque la volonté du C.N.R.S., expriméepar le Professeur Cantacuzène, Directeur du Départementde la Chimie : il faut "augmenter le potentiel chercheuren localisant sur le site de Vitry une équipe de recherchetelle que l'équipe de Monsieur Fayard qui a de bonnes liaisonsavec la physique".

Sous la direction du Professeur Michel Fayard d'Octobre 1978 àJuin 1984, puis de Monsieur Georges Martin, Ingénieur du C.E.A., de Juillet 1984 à Juin 1988, enfin actuellementde Monsieur J.-P. Chevalier, Directeur de Recherche, àpartir de Juillet 1988, la volonté de recentrage et derenouveau passe dans les structures du Laboratoire et dans sesrecherches. Le poids des différents thèmes de rechercheé volue au profit des études sur les défautsde structure et les transitions de phases, en gardant cependant l'activité en élaboration des matériaux,restée longtemps grâce à J. Bigot l'atout essentiel du Laboratoire face à ses concurrents en Sciencedes Matériaux.

Bien des raisons peuvent être invoquées pour expliquer la nécessité des transformations entreprises depuis1978. La puissance acquise par la métallurgie physique depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, grâceaux possibilités accrues de comprendre le comportement des métaux et alliages qu'íelle avait su apporter,est sans conteste l'une de ces raisons. Une autre réside probablement dans les événements de Mai 1968, qui ont changé les structures de la recherche en diminuant le rayonnement et les pouvoirs des grands professeurs de Facultés,au profit de groupes de pression constitués parmi les scientifiques de tous niveaux, en fonction de leurs origines, de leurs spécialitéset d'un système discret de cooptation. Il est probable, aussi, que le pouvoir politique a échappé aux scientifiques, tant au niveau des organismes de recherche qu'à celui des grandes entreprises, au profit des grands administrateursou de scientifiques acquis à leur pensée, pour lesquelsles buts économiques et la rentabilité des projets de recherche sont passés devant les enjeux proprement scientifiques.C'est ainsi que certaines recherches sont passées provisoirement au second plan, comme l'étude des métaux purs, avant que leur utilité économiquene soit à nouveau reconnue. C'est peut-être aussi pour de telles raisons que certaines recherches sont abandonnées à des pays concurrents, Japon, Etats-Unis, malgréle fort potentiel français et européen qu'il serait possible de mobiliser.

L'histoire du CECM ne serait donc que le reflet d'une histoireplus vaste et complexe de l'évolution des idées scientifiques et des transformations sociales et politiques. Dans ce contexte mouvant, difficile, les Directeurs successifs et lespersonnels du CECM ont su garder leur laboratoire vivant et productif.

REMERCIEMENTS

L'auteur de cette contribution à l'histoire du Centre d'Etudesde Chimie Métallurgique remercie les personnes qui l'ont aidé, en particulier :

Monsieur et Madame André Michel, pour leurs avis et leurs conseils,

Monsieur Jean Talbot, pour lui avoir témoignéà cette occasion, comme depuis ses années d'étudesà l'ENSC de Paris, son aide souriante,

Madame Micheline Charpentier, pour son rôle de guide patient,

Messieurs Philippe Albert et Pierre Bussy, Madame Georges Chaudron, Messieurs Robert Collongues et Paul Lacombe, Mademoiselle Hélène Massiot, Monsieur Jean Montuelle,Mademoiselle Claudie Moreau, Monsieur Michel Wintenberger, pour lui avoir fourni la matière vivante de cette étude.

SOURCES

ALBERT Ph.
Entrevue : 3 décembre 1987

"Le Laboratoire d'analyse par activation duCentre d'Etudes de Chimie Métallurgique du CNRS àVitry, France"

J. Radioanal. Chem. 2 (1969) 441-446

"Analytical methodology for accurate determinationof trace constituents in highly pure materials

Proc. of the 7th I.M.R Symposium, 7-11 oct. 1974,Gaithersburg, National Bureau of Standard, Special Publication422 (pp. 759-772)

"Le cyclotron" (avec R. Muxart, R. Rivièreet G. Goin)
Hors série du Courrier du CNRS, n° 22, janvier 1977

"Le groupe de recherche du CNRS : Applicationdes réactions nucléaires à l'analyse chimiqueG.A.R.N.A.C.

J. Radioanal. Chem. 55 (1980) 453-462

"Le Laboratoire d'analyse par activation PierreSüe-CNRS-CEA, Gif sur Yvette"

Radioanalytical Chemistry, 55 2 (1980) 463-70

"Nuclear methods in trave and ultra-trace analysis :past experiences and future possibilities

Pure and Appl. Chem. 54 (1982) 689-713

BONNIN A., CHEMLA M. NOUAILLES A. PAULY J.
"P.A. Süe, ses travaux scientifiques, Bull. Soc. Chim.Fr. 5 (1958) 573-578

BOURION F.
"Eléments des Terres Rares",Traité deChimie Minérale, tome VIII( 1933), 1-314

BUSSY P.
Entrevues : 24 novembre 1988 et 9 décembre 1988.

CHAMPETIER G.
Procès-verbal de la séance du 25 novembre 1938 dela Société Chimique de France.

Bull. Soc. Chim. Fr. 8 (1939) 245-247

"Notice sur la vie et les travaux de Pierre-AdolpheSüe (1908-1957)

Bull. Soc. Chim. Fr. 5 (1958) 571-572

CHAUDRON G.
"Henry Le Chatelier : sa vie, sa carrière,son oeuvre"

Allocution prononcée le 18 octobre 1950 àl'occasion de la Commémoration du Centenaire de la naissancede Henry Le Chatelier

Mém. Sci. Rev. Métal. 48 (1951)10-18
(Voir aussi les allocutions de Louis de Broglie (p. 5-9) et RenéPerrin (p. 19-31)

Notice des Titres et Travaux Scientifiques, Chartres,1954

"Charles Eichner" (1902-1955). Notice biographique,Mém. Sci. Rev. Mét. 53 (1956) 482

"Le Centre d'Etudes de Chimie Métallurgique",1954, Recueil des Notes aux Comptes Rendus de l'Académiedes Sciences de Paris, Tomes 1 à 7 (1922-1972)

CHAUDRON Mme
Entrevues, 7 octobre 1987 et 19 octobre 1987

COLLONGUES R., BENARD J.
"G. Chaudron"
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GOLDSCHMIDT B.
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"Notice nécrologique sur Georges Chaudron"
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"Centre d'Etudes de Chimie Métallurgique
Achema-Jakzbuch, 1 (1971/73) 592-94

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"The Dedication", discours prononcéau Colloque International sur la "Corrosion sous tension",dédié au Professeur G. Chaudron, organisépar la National Association of Corrosion Engineers (USA) et Creusot-Loire,Firminy . St Etienne, 12-16 juin 1973

PICARD J.F.
"Les débuts du CNRS. Esquisse" janvier 1987

TALBOT J.
Entrevue, 29 octobre 1987

URBAIN G.

"Les principes de la théorie coordinativeet quelques unes de leurs applications à la chimie organique"

Bull. Soc. Chim. Fr. 2 (1935) 555-569

VIEL Cl.
"Histoire du CERCOA"
Conférence du 25 janvier 1988

Archives du CECM

® Rapports aux Comités de Direction (ActivitéScientifique, Administration)
1er octobre 1963-31 mars 1965
année 1965
21 février 1967
2 mai 1969
4 juillet 1972
11 juin 1974
5-6 mai 1976
octobre 1979
15 octobre 1981
29 septembre 1983
24 juin 1985
19 mai 1987

® Liste des Membres des Comités de Directionet Conclusions des Comités de Direction de 1976, 1979,1981, 1983, 1985, 1987

® Dossiers des personnels

® Thèses en dépôt depuis1899

Archives Nationales : Fonds "P. RenéeBazin" AN 80-0284

Liasse 1 Lettre de H. Laugier à Jean Zay
Liasse 5 Décrets et arrêtés concernant l'organisationde la recherche
Liasse 8 Mobilisation scientifique
Liasses 31-32 Comités spécialisés (1939-1941)
Liasse 49 Inventaire des Laboratoires (1941-42)
Liasse 101 Plan quinquennal (1957-1961)
Liasse 102 Préparation du plan quinquennal (1950)
Liasse 205 Comités Directeurs de la Chimie (15 décembre1944 . 4 juin 1945)
Liasse 214 Travaux de la Commission des Hautes Températures,sous-commision des réfractaires

Colloque "Cinquante ans de Métallurgie",

Groupe des Laboratoires de Vitry-Thiais, 24 juin 1988.Exposés de Messieurs M. Fayard, P. Lacombe, Ph. Albert,R. Collongues, M. Wintenberger